On le voit, tout sourire, casque de chantier vissé sur la tête et mains maculées de cambouis. Lula, président brésilien en exercice et candidat à un quatrième mandat, célèbre ainsi la découverte de pétrole au large de l’Amazonie. Voilà qui détonne chez cet homme pourtant réputé pour son engagement climatique : n’est-il pas le champion de la lutte contre la déforestation amazonienne et n’a-t-il pas lui-même appelé à une sortie des énergies fossiles ? Lula serait-il en pleine dissonance cognitive ? Protège-t-il les écosystèmes d’une main pour mieux les détruire de l’autre ? Faut-il voir, dans ce sourire de chantier, la preuve d’une hypocrisie verte, voire d’une allégeance à l’industrie pétrolière ?
L’été 2026 le rappelle pourtant cruellement : le changement climatique frappe, et frappe fort. Plus personne de sérieux ne conteste son existence, ni cette vérité désormais brutale : lutter efficacement contre le changement climatique suppose une sortie rapide des énergies fossiles. Une étude publiée en 2022 par l’association Data For Good montrait que les « bombes carbone » – les 425 plus gros projets d’extraction de combustions fossiles au monde – suffisaient à elles seules à compromettre toute chance de contenir le réchauffement sous 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle. Une autre étude, parue dans la revue Nature en 2021, estimait que pour atteindre cet objectif à l’horizon 2050, près de 60 % des réserves de pétrole et de gaz et 90 % des réserves de charbon devraient rester sous terre, et que la production mondiale de pétrole et de gaz devrait diminuer d’environ 3 % par an jusqu’en 2050.
Quelques années plus tard, l’horizon à 1,5 °C est déjà probablement hors de portée. Sortir des énergies fossiles, et donc cesser de les exploiter, devient chaque jour un peu plus urgent. Si l’objectif est si limpide, pourquoi cet entêtement ? Pourquoi Lula s’enthousiasme-t-il devant ce qui s’annonce comme un désastre écologique ? La réponse, on la devine : la rente que représente l’exploitation pétrolière est trop considérable pour qu’on l’ignore.
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