À la date du 6 juin et pour la seule République démocratique du Congo (RDC), les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu totalisent désormais 550 cas confirmés d’infection par le virus Ebola et 101 décès, rapporte Actualités.CD ce 9 juin. Ces chiffres officiels, issus du dernier rapport sur la situation épidémiologique publié par l’Institut national de santé publique (INSP), font également état de 27 nouveaux cas confirmés enregistrés en vingt-quatre heures et de 283 patients hospitalisés ou placés en isolement.

À lire aussi : Tout s'explique. Qu’est-ce que le virus Ebola, qui sévit de nouveau en RDC ?

Pourquoi, depuis la première, en 1976, les épidémies d’Ebola sont-elles toujours plus meurtrières, plus longues, et couvrent-elles un territoire toujours plus vaste ? C’est à ces questions que tente de répondre la journaliste d’investigation américaine Sonia Shah dans les colonnes du Guardian.

Le cœur de la crise se situe dans les zones minières de la province de l’Ituri, notamment autour de villes comme Mongbwalu. Face à la demande mondiale croissante d’or et de minéraux destinés à l’industrie technologique, des milliers de travailleurs ont afflué vers des régions forestières reculées.

Terrain miné

Pour cette spécialiste des questions environnementales plusieurs fois primée pour son travail, la réponse est à chercher du côté de la demande mondiale croissante de minerais rares plutôt que du côté de populations qui se déplacent et propagent donc plus les agents pathogènes.

“Il existe un facteur plus fondamental : la transformation de l’écosystème sous-jacent d’Ebola, en partie bouleversé par la demande mondiale croissante de minéraux nécessaires aux industries technologiques.”

La République démocratique du Congo est en effet riche en minerais rares, indispensables à la transition énergétique. La Chine et les États-Unis se disputent les richesses minières congolaises. Sur le terrain, cette concurrence se traduit par une intense déforestation et la multiplication des mines, parfois clandestines, où les populations se mêlent. L’exploitation minière artisanale emploie environ 2 millions de personnes en RDC, dont plus de 380 000 dans l’est du pays. Soit exactement dans l’épicentre de l’épidémie actuelle.

À lire aussi : Commerce. Frontières fermées, marchandises bloquées, tourisme en berne : Ebola pèse sur les économies africaines

The New York Times s’est ainsi rendu à Mongbwalu, une ville où l’exploitation minière, dont celle de l’or, a attiré des personnes en quête de travail venues de tout le Congo et d’ailleurs. Cette même ville, située dans l’Ituri, est aussi l’épicentre de la récente épidémie d’Ebola. Une épidémie que “l’or contribue à alimenter”, estime le titre new-yorkais.

Le reportage décrit un far west minier qui “alimente un flux de travailleurs, de commerçants, de prostituées et de contrebandiers en provenance du Congo et des pays voisins”. Un facteur humain idéal pour la propagation du virus.

Pourtant, malgré la multiplication des mines sur le sol congolais, la majeure partie de ses ressources minérales reste encore inexploitée. Parallèlement, la demande mondiale croissante de minéraux dits “3TG” (tungstène, étain, tantale et or), nécessaires à la fabrication des semi-conducteurs et des smartphones, devrait tripler dans les prochaines années, souligne le Guardian. Une donnée économique qui devrait peser sur les épidémies à venir.

Des écosystèmes détruits

Autre facteur qui explique ces épidémies qui durent, la déforestation. Cette dernière, provoquée par la quête effrénée de minerais, a également brisé les fragiles équilibres écologiques. La RDC abrite en effet la deuxième plus grande forêt tropicale du monde. Or les scientifiques observent une corrélation entre la déforestation et l’apparition des épidémies.

Ainsi, en 2014, l’épidémie d’Ebola a été précédée par la disparition de 85 % du couvert forestier dans le sud-ouest de la Guinée, où l’épidémie a débuté. Le même schéma se répète pour l’épidémie actuelle puisqu’elle a été précédée par une perte record de 607 000 hectares de forêt tropicale dans le bassin du Congo en 2024.

À lire aussi : Analyse. L’épidémie d’Ebola est aussi une crise de gouvernance mondiale

Les chiffres sont vertigineux puisque chaque point de pourcentage d’augmentation de la déforestation en Afrique centrale entraîne une hausse de 20 % à 40 % de l’incidence du paludisme et du virus Ebola. Dans l’épicentre congolais de l’épidémie, la déforestation s’est amplifiée et les mines se sont multipliées.

Le Guardian met en lumière le rôle spécifique des chauves-souris dans ces épidémies répétées d’Ebola. La destruction de leur habitat forestier pousse ces animaux porteurs du virus à se réfugier dans les arbres abattus, à proximité des habitations humaines.

Ce rapprochement augmente automatiquement la probabilité de contagion, les êtres humains étant davantage au contact du sang, de la salive et des excréments chargés de virus de l’animal.