Pendant des décennies, j’ai soigné les communautés les plus vulnérables de l’est de la République démocratique du Congo (RDC), la région où je suis né et où j’ai grandi. J’ai traité des femmes victimes de violences sexuelles, des enfants nés dans l’exil et des familles qui tentent chaque jour de survivre là où les systèmes de santé se sont depuis longtemps effondrés. Je sais à quoi ressemble l’abandon. Et je connais intimement le prix de l’indifférence. C’est pourquoi l’épidémie d’Ebola qui se propage aujourd’hui dans l’est de la RDC et en Ouganda est pour moi bien plus qu’une urgence sanitaire. C’est une nouvelle conséquence prévisible d’années de violence, de négligence et d’échec politique. Une plaie qui continue de s’infecter parce que le monde a choisi de détourner le regard.
Cette épidémie d’Ebola est la 17e à frapper la RDC, à peine cinq mois après la fin de la précédente. Au moment où j’écris ces lignes, plus de 1 200 cas d’Ebola et au moins 264 décès ont été signalés. Des chiffres sans doute largement inférieurs à la réalité. Cette variante rare du virus Ebola – la souche Bundibugyo – a circulé sans être détectée pendant au moins six semaines, en partie parce que les coupes dans l’aide au développement ont contraint les laboratoires à ne tester que la souche Zaïre, plus courante.
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