Sur la route du retour, M. Monde fredonne Yellow Submarine. Il ne sait pas vraiment pourquoi cette célèbre chanson des Beatles s’impose à lui à ce moment précis. Certes, la playlist d’un ado installé à l’arrière lui a tout à l’heure rappelé ce petit refrain, qui n’a pas son pareil pour investir un cerveau inoccupé. Mais ne serait-ce pas aussi la petite capsule climatisée qui glisse dans la campagne, jaune d’avoir trop attendu la pluie, qui fait durer en lui ces paroles absurdes ? Voire, le désir de M. Monde ne serait-il pas de partir loin des soucis insolubles de l’époque, et de rester entre deux eaux, là où la lumière redevient douce et la température clémente ?
Alors, M. Monde imagine qu’il remplit les ballasts de son petit submersible, et qu’il descend doucement dans la colonne d’eau, à la recherche de conditions plus propices à la félicité. Il ne sait pas qu’il réinvente ainsi un des plus anciens modes de locomotion du vivant, puisqu’on le trouve dans certains organismes unicellulaires qui l’utilisent pour contrôler leur profondeur dans l’océan depuis des milliards d’années ! Ces cellules ont en effet la capacité de synthétiser en leur sein de grandes quantités de vésicules de gaz (VG), des sortes de cylindres de taille inférieure au micromètre (un millième de millimètre), vides de tout liquide. Elles jouent le rôle de ballast en réduisant la densité effective de l’organisme : plus ces vacuoles sont nombreuses, plus la bestiole s’allège et remonte sous la poussée d’Archimède. Une recette simple, efficace, et sans maintenance coûteuse.
En 2014, une équipe de physiciens de CalTech aux Etats-Unis a eu l’idée astucieuse d’extraire ces VG pour les utiliser comme agents de contraste en échographie, afin d’améliorer cette technique médicale. Celle-ci capte les signaux acoustiques qui rebondissent à la frontière entre deux milieux différant essentiellement par leur densité (liquide et tissu par exemple). Or les milieux biologiques ont souvent des densités comparables, ce qui limite la lisibilité des images. Pour pallier ce problème, les scientifiques ont proposé l’ajout d’agents dits « de contraste », qui modifient localement la densité et améliorent la précision des images.
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