Elle était comme ça. Comme le personnage de ses BD. Directe, sans filtre. Quand vous faisiez son interview, vous aviez intérêt à préparer vos réponses, vous aussi. Elle n’était pas là pour rigoler.

“Non.”

La dernière fois, c’était en novembre 2023. Elle a ouvert la porte de son appartement de l’Est parisien et, quand elle m’a vu, accompagné du photographe Bruno Arbesú, la réponse a fusé. Elle ne voulait pas qu’on la photographie. C’était hors de question. Et ce n’était même pas la peine d’essayer de la faire changer d’avis.

“Ce n’est pas pour faire mon intéressante. Mais chaque fois qu’on me prend en photo, je me sens un peu comme ces Africains au XIXe siècle, j’ai l’impression qu’on me vole mon âme. Je ne laisse même pas mes amis me prendre en photo, ils le savent. Et, s’ils le font, je leur prends leur téléphone et j’efface.”

Telle était Marjane Satrapi, morte “de tristesse” le jeudi 4 juin, un peu plus d’un an après la mort de son mari, Mattias Ripa. Elle était comme ça : directe, mordante, transparente, débordante, géniale. Identique à elle-même, à la Marjane Satrapi de Persepolis, la Mafalda persane, un de ces petits miracles littéraires qui viennent éclairer tout un monde : celui de la petite fille qui a grandi sous la révolution, sous la répression, sous la haine des ayat