La menace est “extraordinaire” (le Guardian) ou “apparemment improvisée” (Al-Jazeera). Les commentaires sont a minima “remarquables”, pointe The Hill. Mercredi, lors d’une réunion avec son cabinet, Donald Trump a été interrogé sur des rumeurs de discussions entre Oman et l’Iran pour un péage provisoire sur le détroit d’Ormuz. “Personne ne va le contrôler. Ce sont des eaux internationales. Oman devra bien se tenir, comme tout le monde, ou nous devrons les faire exploser”, a répondu le président américain.

À lire aussi : Économie. Dans le Golfe, les répercussions à long terme de la guerre risquent d’être considérables

“Les commentaires ont surpris les observateurs régionaux compte tenu du statut d’Oman, l’un des alliés les plus proches de Washington parmi les pays du Golfe”, rapporte Al-Monitor. “Les deux nations maintiennent une coopération militaire depuis des décennies, permettant aux forces américaines d’accéder aux ports et bases aériennes omanaises”, rappelle le site, signalant que Mascate bénéficie également d’un traité de libre-échange avec les États-Unis et que, même s’il est moins doté que le Qatar ou moins puissant que le Pakistan, le pays a joué le rôle de médiateur avec l’Iran dans le passé.

La remarque a même tellement étonné que plusieurs médias se sont demandé si Trump ne s’était pas trompé, confondant Oman et Iran. Mais “le département d’État a amplifié la dure rhétorique du président dans un post sur les réseaux sociaux”, constate Politico.

À lire aussi : Géopolitique. Les pays du Golfe auront-ils une place à la table des négociations entre l’Iran et les États-Unis ?

“L’apparente menace de Trump mercredi illustre sa dépendance grandissante à la puissance militaire dans sa politique étrangère”, estime Al-Jazeera. “Mais les critiques ont été promptes à dénoncer la menace comme irresponsable”, observe le média qatari, citant l’ONG DAWN qui a comparé ces propos à ceux d’un “chef de la mafia”.

Pas de pression pour un accord

De son côté, CNN a calculé que le président américain avait “attaqué ou menacé un pays sur treize” sur la planète au cours de ses deux mandats. “Quand il était candidat à l’élection présidentielle, Donald Trump dépeignait joyeusement ses adversaires comme des interventionnistes à la gâchette facile, prêts à lancer les États-Unis dans toutes sortes de guerres lointaines”, remarque la chaîne.

À lire aussi : Moyen-Orient. Les bases américaines dans le Golfe sont-elles encore utiles ?

Mais une fois président, il s’en est pris, d’une façon ou d’une autre, à une quinzaine de pays, dont le Venezuela, le Canada, le Mexique, le Panama, le Groenland, la Colombie ou Cuba. Il a donc ajouté Oman à sa liste mercredi. “C’était d’autant plus frappant qu’on a eu l’impression que Trump avait fait sa remarque avec une certaine légèreté, quelque chose dit sans trop y réfléchir”, poursuit CNN.

Le Middle East Eye croit savoir que “l’administration Trump a une dent contre Oman depuis plusieurs mois”. Pourtant, note MEE, le pays, dont les relations avec les États-Unis remontent au XVIIIe siècle, “a fait la cour à la famille Trump comme d’autres États du Golfe”. Un hôtel et un parcours de golf associés au milliardaire sont par exemple en construction près de la capitale.

Sur le front des négociations avec Téhéran, l’Iran “veut vraiment conclure un accord. Ils n’y sont pas encore. Nous ne sommes pas satisfaits mais nous finirons par l’être ou nous devrons simplement finir le travail”, a déclaré Trump en désignant Pete Hegseth, son ministre de la défense. “Je me moque des élections de mi-mandats”, a-t-il affirmé aux médias, “pour insister sur le fait qu’il avait un pouvoir de négociation maximal avec l’Iran et qu’il ne ressentait aucune pression pour obtenir un accord”, souligne le Washington Post.

À lire aussi : Urbanisme. À Oman, la main-d’œuvre étrangère redessine la capitale, Mascate

“Il est évident que Trump, qui cherche une porte de sortie à cette impasse stratégique, alterne entre menaces et appels à un accord”, a commenté ‌sur Twitter Ebrahim Azizi, l’un des négociateurs iraniens. Ce matin, les Gardiens de la Révolution ont ciblé une base américaine dans la région après des frappes menées par les États-Unis dans le sud du pays.