L’Ouganda a temporairement fermé, mercredi 27 mai, ses frontières avec la République démocratique du Congo, « face à l’intensification de l’ampleur » de l’épidémie de fièvre hémorragique Ebola chez son voisin. Une cellule de crise locale sur Ebola, dirigée par la vice-présidente Jessica Alupo, a pris cette décision après l’augmentation du nombre de professionnels de santé ougandais exposés au virus par des patients congolais. Ces derniers avaient traversé la frontière avant que l’épidémie ne soit déclarée le 15 mai.
« Les seules exceptions concernent les équipes autorisées de réponse à Ebola, les opérations humanitaires, les transports de nourriture et de fret (…) sous strictes conditions », notamment d’examen médical, a déclaré à la presse la docteure Diana Atwine, secrétaire permanente du ministère. La frontière entre l’Ouganda et le Congo s’étend sur plusieurs centaines de kilomètres et est traversée par de nombreux sentiers pédestres en dehors des postes-frontières officiels. « Toute personne de retour en Ouganda en provenance de RDC devra s’isoler de façon obligatoire pendant vingt et un jours, sous la supervision » d’équipes médicales, a-t-elle ajouté. « Tous les médias » doivent désormais consacrer trente minutes chaque jour de leurs programmes en prime time à la sensibilisation et à la prévention d’Ebola, a-t-elle ajouté.
L’Ouganda a enregistré sept infections confirmées par le variant Bundibugyo du virus, depuis que l’épidémie a été déclarée le 15 mai en Ituri, région du nord-est de la RDC qui lui est frontalière. Plus de 900 cas suspects et 220 décès suspects ont déjà été recensés au 12e jour de l’épidémie, selon les bilans officiels. Mais l’ampleur réelle de la catastrophe sanitaire n’est pas encore connue, et les autorités sanitaires internationales estiment que les chiffres actuels sont probablement sous-estimés.
L’OMS dénonce la fermeture des frontières
« Aucun pays ne devrait fermer ses frontières ni imposer de restrictions aux voyages et au commerce. De telles mesures sont généralement dictées par la peur et n’ont aucun fondement scientifique », a déclaré l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en qualifiant cette épidémie d’urgence de santé publique de portée internationale, tout en reconnaissant que les pays voisins courent un risque élevé.
L’OMS a ajouté : « Ces restrictions poussent les flux de personnes et de marchandises vers des points de passage frontaliers informels et non surveillés, augmentant ainsi les risques de propagation de la maladie. » L’organisation a précisé que les personnes infectées ou ayant été en contact avec elles ne devaient pas effectuer de voyages internationaux, sauf s’il s’agit d’une évacuation médicale.
En République démocratique du Congo (RDC), les autorités sanitaires luttent pour endiguer l’épidémie qui, selon l’OMS, les dépasse. La souche rare de virus Ebola appelée Bundibugyo n’a en effet été confirmée qu’avec plusieurs semaines de retard, car les premiers tests visaient une souche plus courante. Il n’existe ni vaccin ni traitement spécifique contre le variant du virus en cause dans cette épidémie. L’OMS a déclenché une alerte sanitaire internationale.
Le bulletin de l’OMS publié cette semaine a souligné que le taux de létalité parmi les cas suspects s’élevait à 24,6 %, un taux nettement inférieur à celui des 16 précédentes épidémies d’Ebola qui ont touché la RDC depuis l’identification de la maladie dans le pays en 1976. Les taux de létalité lors des deux précédentes épidémies en RDC impliquant la souche Bundibugyo, en 2007 et 2012, oscillaient entre 30 et 50 %.
La plupart de ces épidémies étaient dues à la souche Zaïre d’Ebola, la seule pour laquelle il existe un vaccin et dont le taux de létalité se situe généralement entre 60 et 90 %.