“Pas de répit. Depuis l’aube, les raids israéliens n’ont pas faibli”, écrit ce mercredi 27 mai le quotidien libanais L’Orient-Le Jour dans son direct, alors qu’Israël s’acharne depuis plus de trente-six heures contre le Hezbollah, intensifiant ses frappes et élargissant ses opérations terrestres au-delà de la zone tampon autoproclamée.

Dans la journée de mardi, plus de 120 bombardements se sont abattus sur le sud du pays, notamment sur les régions de Nabatieh et Tyr, deux fiefs de la milice pro-Iran, ainsi que sur la vallée de la Bekaa (Est), faisant au moins 31 morts, parmi lesquels quatre enfants, résume le quotidien francophone. Depuis le début du conflit, près de 3 200 personnes ont péri, selon le ministère de la Santé libanais.

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Cette escalade soudaine intervient après les déclarations va-t-en-guerre, le 25 mai, du Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, qui a “demandé à accélérer” les coups assénés au “parti de Dieu”, au moment où les États-Unis et l’Iran tentent de finaliser les termes d’un accord pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient.

Multiples ordres d’évacuation et combats “rapprochés”

Jusqu’ici, Tsahal menait des frappes quasi quotidiennes, malgré un cessez-le-feu signé le 16 avril, mais celles-ci étaient plus éparses et de moindre intensité. Le Hezbollah répliquait, quant à lui, par des tirs de drones, certains atterrissant dans la zone occupée par Israël, d’autres à l’intérieur du territoire israélien.

Mais depuis hier, la tension est montée d’un cran sur le terrain. “En moins de trois heures, l’armée israélienne a ordonné l’évacuation de plus de 50 villages du Liban-Sud […] ainsi que la ville de Nabatieh […] pour la première fois depuis le 16 avril”, constate le quotidien israélien Ha’Aretz.

Ces appels ont provoqué des mouvements de panique, rapporte la BBC, poussant de nombreux habitants à fuir, alors que plus d’un million de personnes, soit presque le quart de la population, ont déjà été déplacées depuis l’entrée en guerre du Hezbollah, le 2 mars.

Parallèlement, l’armée israélienne a tenté plusieurs incursions dans de nouveaux villages. Des “combats rapprochés entre des soldats israéliens et le Hezbollah ont eu lieu (ce mercredi) à Zaoutar El-Charqiyé, au nord du Litani, un village en dehors de la ’zone tampon’”, indique L’Orient-Le Jour.

Dissocier le front libanais de celui de l’Iran ?

L’un des objectifs sécuritaires d’Israël est d’élargir la zone qu’elle occupe dans le sud du Liban en vue d’empêcher les drones suicides d’atteindre les villages frontaliers. Mais en termes plus stratégiques, l’opération vise surtout à dissocier le front libanais de celui de l’Iran et d’envoyer un message en ce sens à Téhéran, à quelques jours d’un éventuel “deal” avec les États-Unis.

Un objectif assez largement partagé par l’administration américaine. Selon la presse israélienne, l’intensification des opérations israéliennes aurait d’ailleurs reçu la bénédiction de Washington, qui aurait néanmoins “mis en garde contre toute frappe à Beyrouth, craignant de compromettre les négociations” en cours avec l’Iran, indique The Times of Israel.

Parallèlement, et dans cette optique de dissociation des fronts, les États-Unis parrainent depuis avril des négociations directes entre le Liban et Israël, indépendantes du circuit diplomatique lié au conflit en Iran. Une nouvelle réunion entre responsables israéliens et libanais est prévue à Washington les 2 et 3 juin, précédée d’une réunion de militaires des deux pays au Pentagone le 29 mai.