La vie d’Edgar Morin a bien failli se terminer avant même d’avoir vraiment commencé. Sa mère avait réchappé à la grippe espagnole, mais les médecins lui avaient vivement déconseillé d’avoir des enfants. Son cœur fragilisé ne tiendrait sans doute pas le choc d’un accouchement. Mais il en fallait plus pour dissuader Luna Nahoum : en 1921, elle met au monde son fils. Qui s’appelle à l’époque David Salomon Nahoum. La petite famille juive vit à Ménilmontant. Le père, Vidal, est bonnetier.

Luna meurt alors que son fils n’a que 10 ans – ce sera le grand drame de sa vie. Jusqu’à un âge avancé, il rêvera du retour de sa mère. La montée de l’antisémitisme en France et dans le Reich voisin influe sur la vision du monde du jeune homme, qui rejoint très tôt les rangs communistes. Son parcours le conduit au cœur de la Résistance, où il adopte le nom de guerre d’Edgar Morin. Beaucoup de jeunes communistes paient de leur vie leur engagement. À plusieurs reprises, c’est le hasard – un pressentiment, un retard – qui sauve le jeune Edgar.

Il ne restera cependant pas communiste longtemps. La répression contre les dissidents le scandalise et cette expérience marquera d’ailleurs durablement sa vie comme son œuvre. Depuis lors, il n’aura cessé de dire et d’écrire ce qui le dérange. Il s’oppose chaque