Une réforme “générationnelle”. C’est ainsi que l’exécutif australien qualifie les dispositions fiscales qui vont affecter l’immobilier à dater du 1er juillet. Pour le Premier ministre travailliste Anthony Albanese, cette réforme vise à trouver un équilibre entre les revenus du travail et ceux provenant du patrimoine. “La plupart des Australiens n’ont rien d’autre à vendre que leur temps. Rien d’autre à offrir que leur travail acharné”, a-t-il déclaré lors de l’adoption du budget le 27 juin.
Pour le Parti travailliste, il s’agit notamment de réduire le fossé générationnel en matière d’accès à la propriété, ainsi que l’écart croissant entre la manière dont sont imposés plus-values et revenus immobiliers d’un côté, et salaires de l’autre. “Ces derniers étant trop taxés et les bénéfices tirés des actifs trop peu imposés”, écrit le journal de centre gauche The Saturday Paper.
C’est “le changement le plus important en matière de politique fiscale depuis 1984”, estime Alan Greenstein fondateur et directeur de Zagga, une entreprise de promotion immobilière, dans le quotidien de droite The Australian. Pour les Australiens, explique-t-il, investir se résumait à ceci : “Acheter un bien immobilier. Le conserver. Laisser le temps, la croissance démographique et un système fiscal généreux faire le reste. Cette formule a survécu aux récessions, aux cycles de taux d’intérêt, aux crises bancaires et aux changements politiques. Elle s’est tellement ancrée dans la mentalité australienne que l’accession à la propriété est souvent considérée moins comme une stratégie d’investissement que comme un passe-temps national.”
Au point que le marché immobilier australien figure parmi les plus chers au monde et que son taux de croissance depuis le début du siècle a été l’un des plus élevés. Selon Diana Mousina, économiste en chef adjointe, citée dans le Sydney Morning Herald, en 1983, il fallait environ trois ans et demi de salaire moyen pour détenir 20 % d’apport nécessaire à l’acquisition d’une maison au prix médian. En 2000, il fallait cinq ans et huit mois. Aujourd’hui, il faut onze ans.
Fin de l’allègement sur les plus-values
Les facteurs influençant les prix de l’immobilier – de la croissance démographique à la faiblesse des taux d’intérêt, en passant par la pénurie de logements neufs – sont nombreux et étroitement liés. Mais économistes et analystes soulignent depuis longtemps le rôle joué par le negative gearing et l’allègement fiscal de 50 % sur les plus-values mis en place par le gouvernement de John Howard en 1999.
Le negative gearing, sorte de déficit foncier, permet aux contribuables, lorsqu’ils contractent un prêt bancaire pour acheter un bien, de déduire de leurs autres revenus, sans plafonnement, les pertes nettes liées à leur investissement. Désormais, cette disposition sera réservée aux logements neufs. En outre, l’allègement fiscal sur les plus-values d’un bien détenu au moins douze mois sera réduit.
Ces changements pourraient entraîner une baisse des prix, même si le gouvernement se montre réticent à l’admettre, explique le Sydney Morning Herald. Avant même les annonces gouvernementales, “le marché immobilier commençait déjà à s’étouffer sous le poids de ses propres excès”, constate le site d’ABC Australia avec une tendance à la baisse – ou, en tout cas, une hausse plus modérée.
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