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Géopolitique

En Serbie, la victoire exemplaire du mouvement anticorruption

La dynamique en faveur d’un Etat de droit qui a emporté Aleksandar Vucic est la même que celle qui a précipité la défaite de Viktor Orban en Hongrie. Mais l’alternance démocratique devra aussi se traduire en objectifs. Et les aspirations pro-européennes d’une partie des électeurs ne ma

En Serbie, la victoire exemplaire du mouvement anticorruption
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La Serbie avait montré à l’Europe sa part d’ombre, le 7 septembre, à l’occasion des funérailles de Ratko Mladic, le commandant de l’armée serbe en Bosnie-Herzégovine, condamné par la justice internationale pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre. Des milliers de personnes s’étaient rassemblées à Belgrade pour rendre hommage à un homme considéré comme le héros d’une « Grande Serbie » mythifiée en dépit de sa responsabilité dans les carnages qui ont embrasé l’ancienne Yougoslavie, il y a trois décennies.

Le 25 octobre, c’est un tout autre visage qui a été offert au continent avec la victoire écrasante, aux élections législatives, du mouvement des étudiants. Après près de deux années de mobilisation, la vague a emporté le très nationaliste Aleksandar Vucic, qui était au premier rang de la cérémonie de septembre. Ce dernier espérait troquer son poste de président, auquel il ne pouvait plus se représenter, pour celui de premier ministre, afin de prolonger une mainmise de quatorze ans sur la Serbie.

Cette mainmise et les accusations d’autoritarisme, de corruption et de refus de rendre des comptes qu’elle charriait avec elle ont été le moteur du mouvement des étudiants, initialement déclenché par la gestion déplorable par les autorités serbes de l’effondrement d’un auvent dans la gare tout juste rénovée de Novi Sad, en novembre 2024. La catastrophe avait causé la mort de 16 personnes. Aucune responsabilité politique n’avait été établie. Les premières manifestations de protestation, toutefois, avaient été durement réprimées, sans parvenir à faire taire les étudiants.

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Confronté à une mobilisation inédite dans sa forme et sa durée, Aleksandar Vucic s’est montré incapable d’y répondre. Après avoir sacrifié au bout de trois mois de manifestations son premier ministre, Milos Vucevic, il a mis tout en œuvre pour faire dérailler le mouvement, sans succès. Il a fait mine de prêter attention à des revendications très vite élargies à l’instauration d’un véritable Etat de droit, tout en dénonçant une fantasmatique instrumentalisation des étudiants par des puissances étrangères. A rebours des demandes des étudiants, il a renforcé son contrôle sur les médias et la justice, n’hésitant pas à s’en prendre à une icône nationale, le tennisman Novak Djokovic, après que ce dernier avait apporté son soutien à ce mouvement.

La dynamique en faveur d’un Etat de droit qui a emporté Aleksandar Vucic est la même que celle qui a précipité la défaite de Viktor Orban en Hongrie, en avril. Deux hommes aux parcours différents mais partageant des visions du monde assez similaires, les plaçant à équidistance du président américain, Donald Trump, et du président russe, Vladimir Poutine.

L’ancien homme fort de Belgrade a toujours clamé que l’intégration de son pays à l’Union européenne, qui est son premier partenaire commercial, constituait un objectif stratégique. Mais il a maintenu parallèlement d’étroites relations diplomatiques et économiques avec Moscou.

Après sa victoire spectaculaire et exemplaire, le mouvement des étudiants fait désormais face à de nouveaux défis. Cimenté par le rejet du système Vucic, il doit se donner à présent une identité et des objectifs. La quête d’un Etat de droit va certainement se heurter à la résistance de ce système qui n’abandonnera pas facilement ses prébendes. Et les aspirations pro-européennes exprimées par une partie du mouvement devront prendre en compte la puissance du nationalisme serbe prorusse que les funérailles de Ratko Mladic ont rappelée.

Le Monde

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