La justice syrienne a délivré, mardi 11 août, les premières condamnations visant les plus hauts responsables de la dictature renversée le 8 décembre 2024. La peine de mort par contumace a été prononcée contre Bachar Al-Assad, dont la fuite en Russie avait précipité l’effondrement d’un système réputé pour sa cruauté. Il a été reconnu coupable de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.
Son frère Maher Al-Assad, rouage actif de la répression du soulèvement qui avait embrasé la Syrie à partir de 2011, dans la vague des « printemps arabes », a été condamné au même châtiment. Cette peine a été également prononcée contre d’autres caciques d’un régime avec lequel des pays européens, dont l’Italie, envisageaient de renouer quelques mois seulement avant sa fin, pour pouvoir renvoyer en Syrie les exilés qui avaient fui la guerre civile et ses désolations.
Cela a ainsi été le cas d’Atef Najib, un cousin du président responsable à l’époque de la sécurité politique à Deraa, dans le sud du pays, où l’arrestation et la torture d’une quinzaine d’adolescents et d’enfants à qui il était reproché des graffitis antirégime avaient précipité un soulèvement initialement pacifique et populaire. Un ancien responsable du renseignement militaire dans la même province et le ministre de la défense en poste de 2012 à 2018 ont aussi été condamnés à mort. Seul Atef Najib a assisté à son procès. Tous les accusés peuvent faire appel des sentences qui ont été prononcées contre eux.
L’enjeu est capital pour les autorités de transition que dirige le président Ahmed Al-Charaa, un ancien djihadiste converti à un pragmatisme conservateur. Il leur revient de faire rendre des comptes à un régime dont l’histoire retiendra une litanie épouvantable de répressions sanglantes et la disparition de milliers de personnes dans l’enfer de ses prisons. Les exactions intolérables qui ont visé en 2025 la minorité alaouite dont était issue la famille Al-Assad et une bonne partie des cadres de ce régime après sa chute ont montré combien était grand un désir de vengeance qu’il est nécessaire de juguler.
Ces autorités de transition doivent répondre à cette exigence de justice alors qu’elles sont confrontées à une multitude de défis, de la reconstruction d’un pays dévasté par une guerre civile de plus de dix ans à la pression sur son territoire exercée par Israël à partir du Golan syrien, annexé unilatéralement après sa conquête, en 1973, en passant par la normalisation des relations avec la minorité kurde comme avec la communauté druze.
Le président Ahmed Al-Charaa doit naviguer entre deux écueils : tout faire pour que les Syriens soient convaincus que l’impunité a disparu avec la dictature, mais également s’assurer que la justice soit rendue sur des bases indiscutables, ce qui constituerait également une rupture historique avec les décennies de plomb précédentes.
Il reste beaucoup à faire. Les organisations de défense des droits humains qui ont suivi de près les premiers jugements n’ont pas tu leurs critiques envers une justice considérée comme trop opaque et trop expéditive. Les tristes exemples égyptien et tunisien ont montré que juger des dictateurs ne peut pas empêcher le retour de l’autoritarisme et de l’arbitraire. Mais le travail opiniâtre de la justice transitionnelle reste le meilleur atout pour tenter de réconcilier un pays traumatisé avec lui-même.