“Ce qui se passe ici pourrait bien dépasser le cadre d’un simple événement sportif de niche. La question est de savoir si le sport est en train de devenir le terrain d’essai d’un changement culturel bien plus vaste.” C’est avec cette phrase un brin angoissante que la BBC présente ceux qui sont à ses yeux les enjeux profonds des “Enhanced Games”. Cette compétition, qui s’est disputée dimanche 24 mai à Las Vegas, aux États-Unis, se base sur un concept simple : autoriser les substances dopantes pour les athlètes qui y participent. “Des jeux olympiques sous stéroïdes, littéralement”, s’amuse le média britannique.
L’idée est de maximiser les performances des sportifs à travers la prise - supervisée - de testostérone, d’hormones de croissance humaine, de stéroïdes anabolisants et d’autres produits interdits lors d’événements tels que les Jeux olympiques. “Pour Enhanced, la société à l’origine de ces jeux, note le site d’information londonien, il s’agirait aussi de dénoncer une hypocrisie, puisque de nombreux athlètes tricheraient et prendraient des substances dopantes dans la clandestinité.”
Évidemment, cette compétition ne dépend d’aucune fédération sportive et les performances qui ont été enregistrées en natation, athlétisme et haltérophilie, ne seront pas considérées comme officiellement valides en dehors de ces jeux. Pourtant, des athlètes de renom, attirés par les gains monumentaux mis à disposition par les organisateurs (un million de dollars pour les records battus et 250 000 dollars pour une victoire) ont fait le déplacement jusqu’à Las Vegas. À l’image du nageur James Magnussen, champion du monde en 100 mètres libre en 2011 et en 2013, qui s’était dopé “sous supervision” pendant deux ans. Pour quels résultats ?
“L’athlète de 35 ans a terminé dernier de la course des 100 mètres, et il a été près de deux secondes et demie plus lent que son record personnel de 47,10 secondes”, tranche, impitoyable, l’antenne australienne de Fox Sports. Plus globalement, note le média, “Max Martin, cofondateur de l’événement, avait prédit que ‘pas mal’ de records du monde seraient ‘battus’ de manière non officielle. Mais les épreuves n’ont pas confirmé cette prédiction”.
“Un million de plus, ce n’est pas mal du tout”
Finalement, seul un record a été battu : celui des 50 mètres nage libre, par le Grec Kristian Gkolomeev, qui, en plus d’avoir pris des substances illicites, portait une combinaison en polyuréthane, interdite en compétition officielle. Globalement, estime donc The Telegraph, “ces résultats soulèvent des questions tant sur l’efficacité des produits dopants que sur le niveau des athlètes qui ont rejoint la compétition”, ces derniers ayant probablement accepté de participer car attirés par la perspective de “gagner des sommes d’argent dont ils ne pouvaient que rêver dans les compétitions traditionnelles”.
Kristian Gkolomeev ne s’en est d’ailleurs pas caché. L’homme ne finira peut-être pas dans les livres d’histoires, mais comme il le dit, honnête, dans ses déclarations relayées par le média britannique, “un million de plus, ce n’est pas mal du tout. Ça va changer ma vie pour le mieux, c’est certain.”
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