Vladimir Poutine et Xi Jinping face à face, souriants, avec, en arrière-plan, un document mêlant caractères chinois et écriture cyrillique, avec trois avions de chasse en surimpression. C’est l’image choisie par Der Spiegel pour sa une datée du 10 juillet. Dans ce numéro, l’hebdomadaire allemand dévoile l’ampleur de la coopération militaire entre Chine et Russie, qui seraient liés par un “pacte secret”.
Des journalistes du Spiegel, du média d’investigation russe The Insider et du quotidien français Le Monde (journal appartenant au même groupe que Courrier international) ont pu consulter des documents émanant d’un “cercle” qui se réunirait régulièrement depuis des années, mais serait resté longtemps inconnu de “nombreux spécialistes des services secrets occidentaux” : le “Forum russo-chinois sur les technologies militaires”.
En son sein, “des militaires, des représentants des entreprises de la défense et des autorités, certains d’un rang assez élevé pour être conduits sur le lieu de la conférence à bord de voitures officielles”, indique le Spiegel. Parmi eux, Andreï Kovalyov, directeur de Rosoboronexport, l’agence russe chargée des exportations du complexe militaro-industriel, ou Zhao Tingting, cadre dirigeante d’une entreprise de défense publique chinoise.
Une collaboration “sans précédent”
Les journalistes notent “une collaboration militaire d’une profondeur et d’une qualité absolument sans précédent”, n’impliquant pas uniquement l’échange de matériel militaire, mais aussi une réflexion conjointe sur “des scénarios d’attaque sur des infrastructures occidentales stratégiques”, ou encore la formation de soldats russes à l’utilisation de drones chinois, rapporte le Spiegel. Cette dernière aurait commencé l’an dernier, “sur six sites chinois”.
L’objectif ? Que “les deux parties comblent leurs lacunes : la Russie apporte son expérience d’une véritable guerre d’usure, la Chine l’électronique, les semi-conducteurs et les machines. La Chine peut utiliser ce que la Russie apprend en Ukraine en gardant Taïwan à l’esprit ; la Russie peut déployer sur le front ce que la Chine développe.” Des soldats de l’Armée populaire de libération chinoise auraient ainsi été déployés sur le front russe, “a priori en tant qu’observateurs”.
Autre volonté exprimée, “mettre fin à la supériorité aérienne américaine”, y compris celle des satellites Starlink de SpaceX, la société d’Elon Musk, devenus indispensables à la défense ukrainienne. Et ce notamment par le biais de cyberattaques ciblées. Des projets de recherche russo-chinois sur les nouvelles technologies militaires sont également menés.
Après des années de rivalité, Moscou et Pékin s’affichent plus proches que jamais, souligne l’hebdomadaire allemand. La sixième réunion secrète russo-chinoise devrait d’ailleurs se tenir à Saint-Pétersbourg, en Russie, “au quatrième trimestre de l’année en cours”. Et si ces informations n’ont pas été confirmées par les représentants russes et chinois, elles suscitent déjà l’inquiétude de membres de l’Otan, à commencer par Berlin.
La plupart du temps, Moscou mène Pékin par le bout du nez
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