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Géopolitique

Équateur, nouvel Eldorado de l’archéologie précolombienne

Longtemps perçu comme le maillon faible de l’archéologie andine, l’Équateur révèle aujourd’hui des cultures précolombiennes originales et méconnues — de la plus vieille orfèvrerie des Amériques sur la côte Pacifique aux cités amazoniennes découvertes par lidar dans la vallée de

  • Longtemps perçu comme le maillon faible de l’archéologie andine, l’Équateur révèle aujourd’hui des cultures précolombiennes originales et méconnues — de la plus vieille orfèvrerie des Amériques sur la côte Pacifique aux cités amazoniennes découvertes par lidar dans la vallée de l’Upano.

  • Ces découvertes exceptionnelles sont menacées de toutes parts : narcotrafic, exploitation minière illégale, déforestation et pillage massif compromettent la conservation d’un patrimoine qui n’a pas encore livré tous ses secrets.

  • Dans un pays multiethnique en quête d’identité, l’archéologie pourrait constituer un levier de développement et de réconciliation nationale — à condition que l’Équateur se dote d’une politique de protection ambitieuse.

Ultime frontière de la cordillère des Andes septentrionales, l’Équateur a longtemps été perçu comme le maillon faible de l’archéologie andine. Considéré comme une marge de l’empire quechua, le pays de la ligne équinoxiale abrite pourtant des sites majeurs sur la route du réseau viaire inca, le Capac Ñan. En 2011, le sanctuaire du Malqui-Machay est révélé au public pour avoir abrité la momie d’Atahualpa, le dernier empereur inca. Après son exécution à Cuzco par Pizarro en 1533, c’est ici que sa dépouille a été dissimulée par les derniers fidèles de l’Inca. En dehors de l’Altiplano, c’est sur ses franges côtières et forestières que l’Équateur se révèle, esquissant des cultures originales. Si l’archéologie est un moyen de façonner l’identité d’une nation, l’Équateur s’affirme comme un eldorado précolombien en devenir.

Côte Pacifique, province pillée

Au nord de l’Équateur, la province d’Esmeralda abrite une forte population afro-équatorienne, la plus pauvre du pays. C’est aussi le territoire séculaire des Amérindiens Awas et Chachis installés depuis la cordillère occidentale avant l’arrivée des conquistadors. Ils sont les lointains héritiers de la civilisation la plus brillante d’Équateur. La culture Tolita-Tumaco est nommée d’après deux sites distincts d’une soixantaine de kilomètres entre Colombie (Tumaco) et Équateur (La Tolita). L’île de la Tolita était le centre cérémonial de cette civilisation séculaire, dont la chronologie de 300 av. à 400 ap. J.-C. est similaire à la longévité de l’Empire romain.

Plus encore, Tolita est à l’origine de la plus vieille orfèvrerie des Amériques ! Elle est également à l’origine d’une foisonnante production de figurines anthropomorphes, petits restes d’une forte unification culturelle pendant près d’un millénaire de 500 kilomètres de côtes déchiquetées de mangrove d’apparence inhospitalière. La canopée tropicale a longtemps fait croire qu’un déterminisme environnemental était fatal au développement d’une réelle archéologie.

« La culture Tolita-Tumaco est à l’origine de la plus vieille orfèvrerie des Amériques. Une forte unification culturelle a perduré pendant près d’un millénaire sur 500 kilomètres de côtes déchiquetées de mangrove. »

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Amazonie, réserve archéologique menacée

Perçue comme hostile, l’Amazonie a constitué en fait le terreau favorable à l’émergence de civilisations insoupçonnées. Dans la vallée de l’Upano, les prospections par lidar (light detection and ranging, système laser de télédétection) ont montré récemment des milliers de sites contemporains. L’impénétrable forêt vierge était en réalité une friche fertile traversée par un réseau de routes révélant un urbanisme interethnique inédit ! Cinq cités majeures composées d’environ 500 tertres artificiels chacun, disposées géographiquement le long de rues menant à une quinzaine de villages secondaires, composent cet ensemble inouï.

Les sols acides de la forêt tropicale étaient cultivés au moyen d’un aménagement anthropique : déchets brûlés, tessons de poteries, os, charbons étaient mélangés pour créer un humus fertile appelé « terra preta ». Une culture urbaine insoupçonnée a donc prospéré vers 500-200 av. J.-C., à la même époque de l’émergence de la Tolita. Vers le VIe siècle, la côte se dépeuple tandis que le système monumental de la région amazonienne s’effondre. La découverte de ces sites renouvelle la vision d’un bassin amazonien — plus grand réservoir de biodiversité au monde — et également réserve archéologique sensationnelle.

Des sites à préserver d’urgence

La côte Pacifique et l’Amazonie ont fait l’objet de programmes de recherche inédits ces trente dernières années, stoppées par l’explosion de violence liée au narcotrafic. Aujourd’hui, Upano est menacée par la poussée de l’agriculture intensive et l’exploitation minière illégale. Aux marges de la mondialisation, Esmeralda est sujette à une déforestation massive au profit de bassins d’élevage de crevettes. Les deux régions sont victimes d’un intense pillage tous azimuts, miroir de la situation politique interne.

Jusqu’alors considéré comme un des pays les plus sûrs d’Amérique du Sud, l’Équateur est devenu un narco-État. La fin du Covid en 2022 a vu exploser une violence inédite. La normalisation des FARC en Colombie a déplacé la route de la cocaïne en Équateur où l’usage du dollar américain comme monnaie officielle simplifie les transactions. Depuis les principaux centres de production au Pérou et en Colombie, 70 % de la production régionale est exportée via le port de Guayaquil. À ce tableau s’ajoute une corruption généralisée jusque dans les prisons, montrant l’affaiblissement des institutions à tous les niveaux.

« Minée par les ingérences, l’Amérique latine tente aujourd’hui d’affirmer sa voix. Le Mexique a exhorté la plateforme eBay de suspendre la vente de 195 objets précolombiens d’un revendeur basé en Floride. L’Équateur pourrait s’inspirer de cette politique de protection du patrimoine culturel. »

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