“La guerre est de retour”, titre le site qatari Al-Jazeera en anglais, qui parle des “combats les plus sérieux depuis 2022, quand un cessez-le-feu sous égide onusienne avait mis fin à une guerre” de plusieurs années. L’engrenage de cette reprise des combats a débuté au début de juillet, avec plusieurs offensives houthistes contre les forces progouvernementales.

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Depuis, les combats n’ont fait que prendre de l’ampleur. Le 9 août, une attaque houthiste a notamment fait 58 morts parmi les forces progouvernementales et, rien que depuis le début du mois de septembre, les combats auraient fait plus de 500 morts, surtout parmi les combattants des deux côtés, rapporte le quotidien local Al-Masdar en citant l’Agence France-Presse. Sans compter de “nouvelles vagues” de déplacement de civils contraints de fuir les combats, déplore de son côté Al-Mushahid, autre média local.

C’est aussi, de plus en plus directement, l’Arabie saoudite qui est rattrapée par une guerre dont elle a pourtant cherché à se dépêtrer. Les houthistes ont multiplié les tirs de missiles et de drones sur son territoire, dont les derniers en date, lancés le 8 septembre contre des installations pétrolières saoudiennes, ont fait 73 blessés. Riyad a riposté le jour même avec une quarantaine de frappes aériennes, inédites par leur ampleur depuis 2022.

Qui sont les belligérants ?

Sur le terrain, les combats mettent aux prises le groupe armé des houthistes, qui se sont emparés de vastes territoires en 2014, avec notamment la capitale, Sanaa, qu’ils administrent depuis d’une main de fer. Le groupe porte des revendications identitaires du zaydisme, une forme de chiisme très particulière. Cela a servi de trait d’union pour l’établissement de liens de plus en plus resserrés avec l’Iran, au point que les houthistes soient aujourd’hui l’un des maillons de l’“axe de résistance” iranienne, aux côtés du Hezbollah et de milices chiites en Irak.

En face, il y a le gouvernement internationalement reconnu du Yémen, représenté par un Conseil de direction présidentiel, dirigé par Rachad Al-Alimi. C’est l’Arabie saoudite qui a été à la manœuvre pour le choisir et qui continue de lui dicter en grande partie ses décisions. C’est encore plus vrai depuis que les Saoudiens ont évincé les Émirats arabes unis, en début d’année. Ceux-ci avaient leurs propres alliés sur le terrain, notamment les sécessionnistes du Sud, explique Al-Masdar.

Sous l’égide saoudienne, les diverses factions et milices anti-houthistes ont été forcées de mieux se coordonner mais continuent de jouer parfois leurs propres cartes. Il y a parmi elles des groupes salafistes, des nostalgiques de l’ancienne dictature d’Ali Abdallah Saleh, et des milices anciennement alliées des Émirats arabes unis. Les sécessionnistes du Sud hésitent à soutenir une lutte commune contre les houthistes voire appellent à saboter un tel effort, selon Al-Masdar.

Finalement, il y a les Saoudiens et l’Iran qui, par leurs alliés locaux respectifs, se mènent une guerre par procuration sur le terrain yéménite.

Les houthistes se battent-ils pour l’Iran ?

L’agenda des houthistes coïncide avec celui de l’Iran. En effet, leur offensive sur le détroit du Bab El-Mandeb accentue l’effet du blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran. Mais les houthistes ont surtout compris que le détroit de Bab El-Mandeb était un véritable talon d’Achille pour l’Arabie saoudite, depuis que ceux-ci sont contraints d’y dérouter une partie de leurs exportations de pétrole. Et ce qui intéresse avant tout les houthistes, c’est leur rapport de force avec l’Arabie saoudite.

Le gouvernement internationalement reconnu veut-il la guerre ?

Les forces progouvernementales ne se félicitent pas seulement d’avoir “repris” des territoires perdus lors des récentes offensives houthistes ; elles multiplient également les déclarations sur leur détermination à “reprendre Sanaa”, selon le vice-ministre de la Défense, à “libérer le Yémen de la férule houthiste”, selon le porte-parole gouvernemental, et à “étendre son pouvoir sur la totalité” du territoire, comme l’a dit le chef de l’exécutif yéménite, Rachad Al-Alimi, toujours selon le journal local Al-Masdar.

À quelles suites faut-il s’attendre ?

Malgré les conséquences humanitaires désastreuses qu’aurait une relance de la guerre, tous les acteurs semblent jouer dans ce sens. Les houthistes, parce que c’est leur meilleure carte pour se maintenir au pouvoir. Les forces progouvernementales, parce qu’elles pensent disposer de l’“occasion” d’en découdre qu’elles attendaient depuis des années, explique le grand spécialiste du pays Farea Al-Muslimi, sur le site Amwaj. Selon lui, tous sont victimes d’un retour des “dangereuses illusions sur l’usage de la force”.