Le 14 juillet 2015, sous les dorures du Palais Coburg de Vienne, les représentants des grandes puissances mondiales signaient avec l’Iran un accord qui limitait le programme nucléaire de la République islamique en échange d’une levée des sanctions internationales, le JCPoA (Joint Comprehensive Plan of Action). Cet accord, qui apaisait une crise internationale et ouvrait une voie nouvelle pour une recomposition pacifique des rapports de force au Moyen-Orient, était signé en Europe et marquait le terme de douze ans de négociations ouvertes par les Européens.
Ainsi naissait une diplomatie européenne, incarnée par Federica Mogherini, la coordinatrice desdites négociations, qui s’appuyait sur une bureaucratie, le Service européen pour l’action extérieure, l’équivalent d’un ministère des affaires étrangères à l’échelle continentale. Onze ans plus tard, le 28 février 2026, les Etats-Unis et Israël lançaient une campagne de bombardements sur le sol iranien, conduisant [dès le premier jour du conflit] à la mort du Guide suprême, Ali Khamenei, d’une partie des responsables politiques et militaires iraniens et de plusieurs milliers de civils, ainsi qu’à la destruction d’infrastructures militaires et civiles.
Parallèlement, des pourparlers s’engageaient entre les Etats-Unis et l’Iran, avec pour intermédiaire le Pakistan, à Islamabad, cette fois-ci à l’est et non plus à l’ouest de l’Iran, en Asie et non plus en Europe. Sans les Européens, de surcroît. La comparaison de ces deux scènes, à Vienne puis à Islamabad, invite à se poser une question : comment les Européens ont-ils pu occuper une place aussi centrale dans les tractations qui ont abouti à l’accord de 2015, et disparaître ensuite, à la faveur de la guerre déclenchée en 2025 et poursuivie en 2026 ?
Fragmentation
Pour répondre à cette question, il faut d’abord détourner le regard des mises en scène politiques. Une enquête sociologique menée auprès de la quasi-totalité des principaux diplomates européens impliqués dans ces négociations montre que, contrairement à ce qu’on aurait pu penser, les discussions avec l’Iran sur le nucléaire n’ont pas contribué à la formation d’une diplomatie européenne ; elles en ont accentué la fragmentation. En effet, les négociations ont d’abord réaffirmé l’hégémonie de trois grands Etats membres de l’Union (la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne, groupe communément appelé « E3 ») sur la conduite de la politique étrangère du continent, et ce contre la construction d’une diplomatie supranationale.
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