En pleine accélération, la course à l’intelligence artificielle (IA) se double d’une ruée pour consolider la souveraineté numérique. L’administration Trump discute avec OpenAI et d’autres grands laboratoires d’IA en vue d’acquérir une participation avant que ceux-ci n’entrent en Bourse. De même, le Fonds national d’investissement dans l’intelligence artificielle, soutenu par l’Etat chinois, souhaite participer au premier tour de table de DeepSeek. Ces initiatives des deux grandes puissances semblent parallèles, mais leurs stratégies sont assez différentes.
Aux Etats-Unis, des politiciens de gauche comme de droite – dont Donald Trump et le sénateur de gauche Bernie Sanders – semblent converger autour de l’idée qu’un fonds public ou souverain pourrait aider les citoyens ordinaires à bénéficier de la richesse potentiellement colossale générée par l’IA. Aussi radicale qu’une telle proposition puisse paraître, elle pourrait se concrétiser, d’autant plus qu’OpenAI et Anthropic ont toutes deux soutenu des idées similaires. Le risque, pour l’Etat, est cependant d’être en conflit d’intérêts. Osera-t-il agir contre les intérêts des entreprises dont il est actionnaire, si des impératifs de sécurité, de régulation des contenus ou d’abus de position dominante l’exigent ?
De plus, un tel arrangement pourrait donner naissance à des entreprises d’IA « too big to fail » (« trop grandes pour qu’on puisse les laisser faire faillite »). La directrice financière d’OpenAI, Sarah Friar, a déjà suscité la controverse, en 2025, en suggérant que la garantie fédérale pourrait aider à financer l’infrastructure informatique nécessaire à l’entreprise. Ses détracteurs ont alors pointé les maux de l’investissement public – inefficacité, corruption, gaspillage… –, en évoquant l’exemple de la Chine.
Quête de l’autosuffisance
Mais leur argument néglige le récent virage de la stratégie chinoise. Pékin gère désormais son immense écosystème d’innovation à la manière d’une grande plateforme numérique. Après avoir attiré les entreprises à coups de subventions, le gouvernement organise maintenant les interactions entre les participants à cette plateforme, puis impose des contrôles de sortie stricts afin de préserver son avantage concurrentiel.
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