“Aucune femme, ou presque, n’est autant haïe par un certain public masculin que la rappeuse Ikkimel”, annonce le quotidien Die Tageszeitung (TAZ). Outre-Rhin, on parle même de “phénomène Ikkimel”, tant l’artiste berlinoise de 29 ans aux plus de 2 millions d’auditeurs mensuels sur Spotify fait parler d’elle.
Avec ses textes provocateurs, évoquant le sexe, la drogue et la domination masculine, Ikkimel apparaît comme une “icône féministe” pour certains, qui la surnomment “Mutter Ikki” (“Mère Ikki”). Un clin d’œil au surnom autrefois donné à la chancelière Angela Merkel, indique l’hebdomadaire Der Freitag. Pour d’autres, en revanche, Ikkimel est “une honte, qui se sexualise, dégrade elle-même et tous les hommes, et pervertit la jeunesse”, constate la TAZ.
Une linguiste devenue artiste
De son vrai nom Melina Gaby Strauß, Ikkimel n’était à l’origine pas destinée à une carrière musicale. Linguiste de formation, “elle avait prévu de faire une carrière universitaire”, retrace Der Spiegel. La mort de son père, d’une leucémie, au début de la pandémie de Covid-19, “a été son point de bascule”, précise l’hebdomadaire allemand.
Une fois lancée, la jeune femme se fait connaître avec des titres comme Keta und Krawall, (“Keta et baston”) en 2023, dans lequel elle évoque “la kétamine, drogue de la fête”, et raconte “faire d’un homme son ‘toutou’ – son chien, quoi”, ou encore Giftmord, en 2025, qui décrit le meurtre d’un homme par empoisonnement.
Au-delà de son recours à des termes crus et de ses tenues déjantées, Ikkimel dérange car elle ose “inverser les rôles d’agresseur et de victime”, fait remarquer Alice von Lenthe dans les colonnes de la TAZ. Notamment en s’appropriant les insultes qui lui sont adressées. Et, sans surprise, parmi ses premiers détracteurs figurent les hommes dont elle dénonce le comportement. Sur Instagram, “elle se fait traiter de ‘rebut’ ou de ‘pute’ par des inconnus”, souligne le quotidien bavarois Süddeutsche Zeitung (SZ).
“Certains la menacent d’actes de violence très explicites, qu’on ne peut balayer d’un éclat de rire, même en ayant beaucoup d’humour. D’autres souhaitent carrément sa mort.”
Une artiste “trop” politisée ?
Outre son engagement féministe, Ikkimel est critiquée pour ses prises de position politiques. “Diabolisée par la droite”, l’artiste a déclaré être “de gauche, et l’avoir toujours été”, au journal régional Aargauer Zeitung, estimant que ce positionnement “s’accompagne de valeurs morales, [qu’elle] souhaite voir se concrétiser pour [la] société”.
Après s’être affichée avec Elif Eralp, candidate tête de liste du parti Die Linke aux élections régionales de Berlin, prévues le 20 septembre, la rappeuse s’est exprimée, au début de juin, au micro du podcast Heidi trifft…, de la présidente de groupe parlementaire de gauche au Bundestag, Heidi Reichinnek, informe la TAZ dans un autre article. Une séquence dans laquelle elle a notamment critiqué la politique culturelle menée par l’Union chrétienne-démocrate (CDU) berlinoise.
Certains, comme Luca Viglahn, se contentent de reprocher à Ikkimel un “manque d’originalité”. Dans la SZ, il qualifie son nouvel album, Poppstar, d’“interminable surstimulation par des beats acidulés de boîte à rythmes, avec des textes rarement autorisés aux moins de 18 ans”, qui finit par être “quelque peu monotone”. Aussi abondantes soient-elles, ces critiques acerbes ne semblent pas dissuader l’artiste de continuer. Au contraire, elles alimentent sa volonté de “riposter”.
“Il est plus que temps que les hommes aient peur”, a-t-elle déclaré, comme un plaidoyer, lors d’une remise de prix en mars dernier, rapporte la SZ. Et elle n’est apparemment pas la seule à le penser : les billets pour sa prochaine tournée “sont déjà pratiquement tous vendus”, note Der Spiegel. Quant à son nouvel album, il s’est hissé, en mai, “en tête des charts allemands, devant Udo Lindenberg et Drake”.
Partager sa musique, c’est laisser entrevoir une partie de son monde intérieur
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