Les murmures ont commencé début avril : des hordes en colère pillent les commerces des étrangers ; ils vont de porte en porte et, si vous n’avez pas vos papiers, ils vous passent à tabac ; ils disent que tous les clandestins doivent partir avant le 30 juin, sinon ils bloqueront le pays. Esther Ofosu et son amie Shalom, ghanéennes, parcouraient nerveusement les messages postés sur les réseaux sociaux en attendant les clientes dans leur salon de coiffure du sud de Johannesburg.
Des massues et des fouets
Des vidéos granuleuses montraient des gens, certains drapés dans le drapeau sud-africain et portant massues et fouets de cuir, en train de défoncer les vitrines des magasins et de tabasser des étrangers dans la rue en scandant [en zoulou] “Abahambe” – “il faut qu’ils partent” [ou “laissez-les partir”]. “On ne dort pas la nuit”, confie Shalom, qui demande qu’on ne cite que son prénom parce qu’elle n’a pas de titre de séjour de longue durée.
Peu après le début des manifestations, les clientes du salon ont commencé à venir avec des excuses : “On peut plus être vues ici, c’est trop dangereux. S’ils savent qu’on soutient les étrangers, ils s’en prendront à nous aussi.” Les jours se sont écoulés sans la moindre cliente, et Esther et Shalom ont commencé à passer en revue leurs options dan
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