L’annonce, dimanche 28 juin, de la reconnaissance du génocide arménien par le Parlement israélien déchaîne le courroux d’Ankara. Le génocide des Arméniens [entre 1 et 1,5 million de morts entre 1915 et 1917, soit l’immense majorité des Arméniens alors présents sur le territoire de l’actuelle Turquie, les survivants trouvant refuge à l’étranger, notamment en France] commis lors de la Première Guerre mondiale est reconnu par de nombreux États dans le monde, dont la France.

“Le gouvernement israélien, qui a systématiquement persécuté le peuple palestinien sous les yeux du monde entier et qui est actuellement jugé devant la Cour internationale de justice pour génocide à l’égard de la population de Gaza, tente de dissimuler ses propres crimes avec la décision politique qu’il a adoptée concernant les événements de 1915”, a immédiatement répliqué le ministère des Affaires étrangères turc, rapporte le média en ligne Diken.

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La décision israélienne scandalise la presse progouvernementale mais aussi une grande partie de la presse d’opposition nationaliste, à l’image du quotidien kémaliste Sözcü, qui dénonce une “initiative malveillante qui nie les réalités juridiques et historiques” et parle d’un “prétendu génocide”.

Le quotidien Hürriyet, proche du pouvoir, qui dénonce une “provocation”, souligne surtout que, de l’avis même de certains observateurs israéliens, cette reconnaissance est avant tout une reconnaissance “opportuniste” visant en premier lieu à envoyer un “message politique” à Ankara.

Tensions en Syrie et en Méditerranée

Les relations entre les deux pays n’ont cessé de se détériorer ces dernières années. Depuis la chute du dictateur Bachar El-Assad, Ankara et Tel-Aviv se livrent aussi une guerre d’influence en Syrie. Dimanche 28 juin, de nouvelles frappes israéliennes visant deux villes du sud de la Syrie, où ses forces armées occupent une petite partie du territoire, ont fait deux morts, rapporte l’agence officielle turque Anadolu.

“Israël encercle la Turquie !” s’alarme un éditorialiste du journal islamo-nationaliste Yeni Safak, qui s’inquiète à la fois des ambitions d’Israël en Syrie et du renforcement de son alliance avec la Grèce et Chypre en Méditerranée orientale.

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Israël avait longtemps refusé de reconnaître le génocide arménien pour ne pas s’aliéner la Turquie, avec laquelle elle a eu longtemps de très bonnes relations, mais surtout l’Azerbaïdjan, autre voisin de l’Arménie et de l’Iran, avec lequel elle a développé une alliance militaire. Lors de la guerre américano-israélienne contre l’Iran, Tel-Aviv avait notamment déployé des forces spéciales dans ce pays du Caucase, rapporte The Times of Israel. En 2023, lors de la guerre du Haut-Karabakh, cette enclave arménienne conquise par les forces azerbaïdjanaises et dont les 100 000 habitants ont été expulsés, le matériel militaire livré par Israël à Bakou avait joué un rôle non négligeable dans la défaite arménienne.

L’Azerbaïdjan a ainsi officiellement fustigé une décision “inacceptable” de son allié israélien et exprimé “sa grande inquiétude”, souligne le quotidien turc Milliyet.