Je venais de prendre ma première douche après trois jours et 80 kilomètres de marche. Un sacré paquet de kilomètres, certes, mais une infime portion des 3 500 qui constituent le sentier des Appalaches, que j’avais entrepris de parcourir en intégralité.

Les cheveux encore humides, je me suis affalée sur l’un des deux canapés installés au sous-sol d’une église de Pennsylvanie reconvertie en auberge, maugréant auprès de mon compagnon de randonnée contre la maudite chaleur de juillet.

Un type blond assis sur le second canapé s’est soudain tourné vers moi, comme s’il me connaissait : “Tu viens d’où ?” m’a-t-il interrogée.

Changement de trajectoire

Il avait reconnu mon accent des Appalaches et c’est ainsi que tout a commencé. Il est apparu que nous avions grandi à moins de 50 kilomètres l’un de l’autre, dans la campagne de l’État de Virginie.

Les randonneurs qui parcourent ce sentier se présentent rarement sous leur vrai prénom, préférant adopter un nom de marche. Le sien était Tuna [Thon], un clin d’œil à son objectif de pêcher une truite dans chaque État traversé par le chemin (on appelle familièrement la truite le “thon des montagnes”). Le mien était Holy Roller, en référence à mon éducation évangélique et à une chute comique que j’avais faite plus tôt lors d’une descente.

Quand le