Pour que le regard sur la ville change, il suffit de s’enfoncer dans Asan Tole, l’un des grands carrefours commerçants et historiques du vieux Katmandou. Les boutiques ouvertes sur la rue encombrent les venelles, les marchands de légumes engorgent les intersections. Des fidèles déposent une offrande avant de reprendre leur chemin. Des pigeons s’envolent, puis reviennent aussitôt se poser sur une corniche ouvragée. Il s’y passe toujours quelque chose : rites religieux du matin ou chants dévotionnels du soir. Dans ce qui paraissait n’être qu’un chaos de vieilles pierres et de poussière, chaque endroit est imprégné de beauté et d’histoire.

En plein cœur de la ville

Puis vient l’arrivée sur le mythique Durbar Square, avec sa forêt de pagodes, de sanctuaires, de palais et de toits superposés. Largement façonnée par les rois Malla entre le XVIᵉ et le XVIIIᵉ siècle, cette place inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco concentre une part essentielle de l’histoire politique, religieuse et artistique de la vallée de Katmandou. Hanuman Dhoka, l’ancien palais royal, en occupe le cœur : un vaste dédale de cours, de tours, de portes, de temples et de palais.

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Au sud de la place se trouve un édifice de brique rouge sur trois niveaux, le Kumari Ghar : la résidence de la déesse vivante de Katmandou. La Kumari est une petite fille choisie selon des critères religieux très stricts pour incarner une divinité aux yeux des fidèles. Derrière le folklore qui fascine les visiteurs affleure une réalité plus troublante : celle d’une enfant sacralisée, exposée au regard de tous jusqu’à ce qu’un rite mette fin à son statut sacré.

À côté s’élève le Kasthamandap, ancien pavillon de bois entièrement reconstruit après le séisme de 2015. Ce bâtiment fait partie des plus symboliques de la ville : Katmandou lui devrait même son nom.

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Un peu plus bas, Freak Street compte parmi les rues célèbres de la capitale. Dans les années 1960 et 1970, elle fut l’un des épicentres de la route hippie, lorsque Katmandou attirait toute une jeunesse occidentale en quête d’ailleurs, de liberté et de vertige.

Depuis, le décor a changé : les échoppes enfumées ont disparu, les voyageurs se sont déplacés vers Thamel, et la rue n’est plus qu’une trace discrète de cette légende. Dans les ruelles alentour, la ville continue de bourdonner, traversée par le va-et-vient incessant des vendeurs, des fidèles, des scooters et des passants.

Au milieu de ce bain de foule, une cour surgit, presque secrète. Quelques drapeaux de prières. Un petit sanctuaire. Des effigies de Ganesh, puis plus loin de Bouddha. Le tumulte reste dehors, à quelques mètres, et pour un instant, le temps semble ralentir. Une vraie respiration. Puis la ville reprend le dessus et vous happe à nouveau dans son effervescence permanente. C’est peut-être là que réside le charme de Katmandou, dans cette contradiction : son art de ménager des échappées au milieu du vacarme.