La très brève visite d’une heure du secrétaire d’État américain, Marco Rubio, à Erevan, le 26 mai, à deux semaines des élections parlementaires en Arménie, a abouti à la signature de trois documents : “L’accord de partenariat stratégique global entre l’Arménie et les États-Unis, un protocole d’accord-cadre sur l’extraction et la transformation des minéraux critiques et des métaux rares, et un accord-cadre de coopération stratégique dans le cadre du projet ‘La voie de Trump pour la prospérité internationale’ (Tripp [pour Trump Route for International Peace and Prosperity])”, rapporte le journal The Moscow Times.

“Nos pays sont passés à une étape historique sans précédent”, s’est félicité le ministre des Affaires étrangères arménien, Ararat Mirzoyan.

Le projet de corridor routier et ferroviaire Tripp doit relier l’Azerbaïdjan à son enclave sur le territoire arménien, le Nakhitchevan, par une route longue de 42 kilomètres traversant la région du Syunik, dans le sud de l’Arménie. C’est la société arméno-américaine Tripp Development qui sera chargée du développement et de la mise en place de l’infrastructure Tripp pendant quarante-neuf ans.

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Le Premier ministre arménien, Nikol Pachinian, relayé par le média progouvernemental arménien Panarmenian, a annoncé que “l’Arménie et les États-Unis vont collaborer à l’élaboration d’une nouvelle carte géologique de l’Arménie”, car “les minéraux rares ont pris une importance particulière compte tenu du développement des technologies d’intelligence artificielle”.

Le site Verelq, politiquement opposé au gouvernement arménien, s’indigne : “Qui a donné à Nikol Pachinian le pouvoir de décider, au nom des générations futures, comment et à quelles conditions exploiter les ressources naturelles au profit des États-Unis ? Même sans tenir compte de la Russie, que le pouvoir n’apprécie guère, la Chine aurait peut-être proposé des conditions bien plus avantageuses. Mais non, Pachinian a décidé de céder cela aux Américains, dont l’approche est purement utilitaire : ils ont besoin de voies de communication et de ressources minières.” L’exploitation minière du fer, du cuivre, du zinc et d’autres minéraux constitue de fait un secteur majeur de l’économie arménienne.

“Petit rouage d’une immense machine”

Le quotidien arménien Golos Armenii, lui aussi opposé au gouvernement, ironise : les États-Unis “vont donc contrôler les ressources de terres rares en Arménie”, et c’est ainsi que “le gouvernement de Pachinian ‘renforce’ la souveraineté et l’indépendance du pays, les mantras préférés du Premier ministre”.

Interrogé par Golos Armenii, le sociologue David Karabekian explique que “dans un contexte où Erevan rompt progressivement ses liens de partenariat avec l’Union économique eurasiatique et l’Organisation du traité de sécurité collective [deux organisations régionales postsoviétiques, chapeautées par Moscou], le renforcement de la coopération avec l’Occident pourrait avoir des conséquences extrêmement indésirables pour le pays. Les États-Unis ne donnent aucune garantie à l’Arménie.” Et de conclure : “L’Arménie sacrifie son avenir au profit d’un avenir radieux pour les États-Unis, tandis que le sien s’annonce sombre.”

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Selon le journal russe pro-Kremlin Moskovski Komsomolets, l’Arménie est “un tout petit rouage d’une immense machine grâce à laquelle les États-Unis prévoient d’acheminer les ressources d’Asie centrale en contournant la Russie et l’Iran”. Au lendemain de cette entrevue, soit le 27 mai, le président américain, Donald Trump, a apporté son soutien “complet et total” à la candidature de Nikol Pachinian pour les législatives du 7 juin prochain, dans un message posté sur son réseau social, Truth Social.