Les réunions de printemps du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, à Washington, ont remis au premier plan l’expression de « déséquilibres mondiaux ». On la traite souvent comme un vieux dossier de macroéconomie : déficits américains, excédents chinois, surplus européens, recyclage des capitaux, inquiétudes récurrentes concernant le dollar.
Cette lecture, bien que n’étant pas fausse, est incomplète. Car le problème décisif n’est plus seulement économique. Il est aussi juridique : l’ordre international sait mesurer les déséquilibres, il ne sait pas les corriger. Les déséquilibres ont à nouveau augmenté, mais l’essentiel ne se borne pas à leur taille. Ce qui a changé, c’est le monde politique et stratégique dans lequel ils surviennent.
L’Organisation mondiale du commerce (OMC) a de plus en plus de difficultés à assurer son rôle d’encadrement depuis la paralysie de son système d’appel. Personne n’ajuste. Aucun mécanisme crédible n’oblige une économie excédentaire à soutenir sa demande intérieure, ni une économie déficitaire à corriger à temps son désordre budgétaire.
Faute de traitement en amont, l’ajustement se déplace vers la frontière. Ce qui n’est pas réglé par la coordination macroéconomique revient sous forme de droits compensateurs, de contrôles à l’exportation, de filtrage des investissements, de restrictions dans les marchés publics ou de mesures anti-coercition. Le vrai vide du commerce mondial n’est donc pas l’absence de règles concernant les droits de douane, c’est l’absence d’un droit crédible de l’ajustement.
Effet systémique
C’est pourquoi le moment présent est plus grave que les débats des années 2000. On redoutait alors que les déséquilibres nourrissent un jour le protectionnisme. Ce temps est passé. La frontière est déjà devenue l’instrument de correction par défaut. Quand le président américain, Donald Trump, transforme le déficit commercial américain en justification permanente de la surtaxe, il ne répare rien : il illustre la confusion entre déséquilibre macroéconomique et remède frontalier, une confusion désormais contestée jusque devant les juges. Quand les Etats-Unis cumulent déficit extérieur, déficit budgétaire et improvisation tarifaire, ils n’organisent pas l’ajustement ; ils exportent leur non-ajustement.
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