Les images capturées par des caméras de surveillance et relayées par le Corriere della Sera font froid dans le dos. On y voit une voiture arrêtée dans une station essence, et deux hommes, qui, de l’extérieur, lancent ce qui est probablement du liquide inflammable, avant de fermer les portières du véhicule pour que les passagers ne puissent pas s’enfuir. Ils seront quatre à mourir, “des travailleurs agricoles tués à Amendolara”, note le quotidien milanais. Une petite ville située en Calabre, dans le sud profond de l’Italie, où a eu lieu le drame.

Attention images violentes :

Amendolara (CS) - Svolta nelle indagini: fermate due persone per l’omicidio dei quattro braccianti

“Les quatre travailleurs agricoles tués sont de nationalité afghane, pour trois d’entre eux, et pakistanaise, pour le dernier”, détaille Sky TG 24, qui indique que les deux personnes arrêtées et accusées de ce meurtre sont elles aussi de nationalité pakistanaise. Une septième personne était également présente sur le lieu du crime, un autre Afghan, qui a réussi à s’échapper de la voiture. “Selon son récit, rapporte le site d’information, les travailleurs agricoles auraient été tués car ils demandaient d’être payés pour leur travail, et car ils auraient refusé de donner l’argent du transport aux deux personnes arrêtées.” Ces dernières sont identifiées par le média transalpin comme étant probablement des caporali. Un mot qui désigne une figure bien connue des champs agricoles du sud de l’Italie.

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Le caporale, explique un autre article du Corriere della Sera, “est celui qui fait le lien entre les entreprises agricoles et les travailleurs migrants”. Dans cette zone de la Calabre, selon des données fournies par le syndicat italien CGIL, “seuls 30 % des travailleurs agricoles migrants ont un contrat, et même lorsqu’ils en ont un, ils sont surtout payés au noir”. Ces personnes, qui ne parlent pas l’italien, sont donc recrutées par des caporali : d’autres migrants qui, eux, maîtrisent la langue locale, et en profitent pour exploiter cette main-d’œuvre qui a besoin de travailler. “Le caporale offre un service complet : il amène les migrants dans les champs, leur procure un endroit où dormir, les repas, mais il fait payer tous ces services en s’appropriant une partie de leur salaire”, note le média milanais, qui explique que ce service arrange aussi les entreprises agricoles, qui obtiennent ainsi une main-d’œuvre à très bas coût.

Tout ce business, bien sûr, ne se fait pas sans l’aval des Italiens. “La criminalité organisée calabraise, la ’Ndrangheta, est toujours là en train de faire des affaires, et comme l’explique une syndicaliste, ‘elle a une certaine compétence dans la sélection des caporali”, assure le Corriere della Sera. Ce système criminel diffus implique donc des complicités à plusieurs niveaux, confirme La Repubblica, selon qui, “cela fait des années que tout le monde ici raconte la même histoire : celle d’un nouveau caporalato apparemment pakistanais et indien, mais qui reste en réalité profondément italien, car ceux qui gagnent vraiment quelque chose de l’exploitation de ces esclaves, ce sont des Italiens”.

“Des esclaves continuent à travailler. Et à mourir.”

Voilà peut-être pourquoi, affirme ce quotidien progressiste, malgré le fait que ce système est connu de tous, “ce modèle économique continue à fonctionner et à générer des gains faramineux. Le chiffre d’affaires du business du caporalato dans l’agriculture vaut 4,8 milliards d’euros par an, assure le média romain. C’est assez pour comprendre pourquoi, malgré tout, des esclaves continuent à travailler ici. Et à mourir.”