La guerre déclenchée par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran est entrée dans son quatrième mois et son coût ne cesse de s’alourdir pour Donald Trump. Il ne s’agit plus seulement de l’ardoise d’une campagne de bombardements massifs. Cette dernière n’a pas fait plier le régime pourtant largement discrédité au pouvoir à Téhéran, mais elle lui a donné, au contraire, un nouveau levier avec le blocage du détroit d’Ormuz, une cible pourtant particulièrement prévisible. C’est désormais la parole présidentielle américaine qui est laminée par le cours d’une guerre qui a échappé à son initiateur.
Les tirs de missiles échangés entre le régime iranien et l’Etat hébreu, le 7 et le 8 juin, en dépit des admonestations du locataire de la Maison Blanche, ont en effet montré les limites de Washington, incapable de se tirer du bourbier dans lequel il s’est volontairement enlisé. Donald Trump avait jusqu’à présent pour mantra « la paix par la force ». Mais la force s’avère incapable de produire la paix.
La preuve en avait déjà été administrée par l’échec du président des Etats-Unis, convaincu de jouir d’une relation privilégiée avec Vladimir Poutine, à parvenir rapidement à un arrêt de la guerre d’agression russe contre l’Ukraine. Le tapis rouge déroulé au maître du Kremlin à Anchorage, en Alaska, en août 2025, n’avait produit aucun dividende. Cette impuissance américaine a cependant pris un nouveau tour avec l’attaque contre l’Iran, le 28 février, qu’aucune urgence pour la sécurité des Etats-Unis ne justifiait.
Le 3 juin, Washington a ainsi annoncé l’instauration d’un cessez-le-feu au Liban qui a encore moins fait illusion que celui obtenu en novembre 2024, au terme de deux mois d’affrontements entre la milice chiite du Hezbollah et l’armée israélienne. Le pari des Etats-Unis reposait sur la mise à l’écart des supplétifs libanais de l’Iran. Ce pari a été perdu, cette milice affichant des capacités de nuisances inattendues après les décapitations à répétition par Israël de ses directions politiques et militaires.
Incapable de faire plier ses ennemis, Donald Trump est tout aussi impuissant avec ses alliés, en l’occurrence le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou. La tournure récente du conflit avec l’Iran alimente en effet la frustration de ce dernier. La propension bien connue de Donald Trump à se lasser d’un dossier encalminé est considérée en Israël – gouvernement et opposition confondus – comme la garantie d’un revers stratégique.
La résilience à laquelle il se heurte en Iran n’offre au président des Etats-Unis que la perspective d’un accord aux antipodes des objectifs de guerre initiaux. Il permettrait la survie du régime en Iran et celle de son programme balistique en laissant entières les interrogations à propos de ce qui reste d’un programme nucléaire hâtivement présenté comme « anéanti » par Donald Trump au terme d’une courte guerre de douze jours, en juin 2025.
Les échéances électorales israéliennes poussent Benyamin Nétanyahou dans une surenchère belliqueuse. Celles qui attendent en novembre le président des Etats-Unis, lesté par cette guerre impopulaire dès le premier jour, impliquent des choix politiques diamétralement opposés. Donald Trump a beau opposer sa durée encore relative à celles des bourbiers vietnamien, afghan et irakien, elle est en train de saper sérieusement les bases de son second mandat.