Tout est parti du programme social phare du président indonésien, Prabowo Subianto, un vaste dispositif de repas gratuits et nutritifs dans les cantines scolaires, aussi controversé que dispendieux, qui a déjà englouti en moins de deux ans plus de 6 milliards d’euros de fonds publics. Fin juin, ce chantier s’est trouvé sous le feu d’un nouveau scandale avec l’inculpation par le parquet indonésien de deux policiers hauts gradés pour détournement de fonds, révélant une corruption massive au sein de l’Agence nationale de la nutrition, chargée de sa mise en œuvre.

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La riposte ne s’est pas fait attendre. Le week-end suivant, la police perquisitionnait à son tour plusieurs résidences liées au procureur général adjoint chargé des affaires pénales spéciales, Febrie Adriansyah, saisissant 74 kilos d’or et près de 500 milliards de roupies en liquide (environ 24 millions d’euros). Des opérations officiellement liées à des enquêtes sur de présumées extorsions commises par des procureurs.

Pour l’hebdomadaire Tempo, qui consacre son éditorial et sa une de la semaine du 12 juillet à l’affaire, il s’agit d’une opération de représailles pure et simple, dans laquelle “la police et le parquet instrumentalisent le droit et leurs prérogatives” l’un contre l’autre, suivant la maxime footballistique selon laquelle “la meilleure défense, c’est l’attaque”.

“Prisonnier de son colonialisme intérieur”

Un affrontement au plus haut sommet de l’État que l’hebdomadaire compare dans un autre article aux tribulations d’une “république bananière”, un terme forgé en 1904 par l’écrivain américain O. Henry pour désigner Anchuria, un pays fictif d’Amérique centrale qui vivait de l’exportation de bananes mais restait miné par une corruption endémique, “prisonnier de son propre colonialisme intérieur”. L’expression est depuis devenue une métaphore politique désignant les États dominés par une oligarchie, à l’économie dépendante des matières premières et au droit défaillant.

Si ces dénonciations mutuelles peuvent sembler bénéfiques à la lutte contre la corruption, Tempo met en garde contre le risque de voir ces malversations instrumentalisées à des fins politiques et réglées en coulisses, faute d’intervention présidentielle. De quoi miner un peu plus l’État de droit, aux dépens du peuple indonésien.

“Bien sûr, l’Indonésie n’est pas Anchuria”, ironise le journal. Mais à la lecture du dossier, on pourrait bien “avoir des sueurs froides”.