Certains le surnomment « l’Obamalisque », d’autres le comparent à un vaisseau de la saga Star Wars. Le centre présidentiel à 850 millions de dollars de Barack Obama à Chicago fait sensation, avant même que l’ancien président démocrate ne l’inaugure le 18 juin. Le bâtiment est le dernier, et peut-être le plus audacieux, de ce genre de monuments que les dirigeants américains ont tendance à faire ériger après avoir quitté leurs fonctions.
Sa pièce maîtresse : un obélisque en granit de 69 mètres quasiment sans fenêtres, qui abrite le musée consacré au premier président noir des Etats-Unis. Le musée monolithique constitue le point d’ancrage du vaste site du South Side de Chicago, où Barack et Michelle Obama ont longtemps vécu, à côté d’un gymnase pour basket, d’une vaste aire de jeux et d’une bibliothèque publique numérique.
Les responsables de l’Obama Presidential Center font valoir que le monument reflète les messages essentiels de sa présidence, entre 2010 et 2018. « C’est un foyer permanent pour l’espoir », assure sans détour Valerie Jarrett, directrice générale de la Fondation Obama et ex-proche conseillère à la Maison Blanche d’Obama. Et d’ajouter que l’ancien président a été très impliqué dans la conception architecturale de l’édifice.
Un retour sur l’histoire de Barack Obama
Celui-ci est surmonté d’énormes lettres de pierre formant une partie d’un discours que Barack Obama a prononcé en 2015 à Selma, en Alabama, berceau du mouvement des droits civiques. Une statue du couple présidentiel, légèrement plus grande que nature, le montre également en train de saluer pour accueillir les visiteurs.
Au sommet, se trouve une spectaculaire sky room, avec vue sur Chicago, où les visiteurs peuvent littéralement regarder à travers les mots du discours. Un restaurant propose un « Obama Burger » pour 15,50 dollars. Le premier étage présente des objets de la jeunesse du président, dont un moulage de l’empreinte de sa main, tandis que le deuxième revient sur sa victoire à l’élection de 2008 et que le troisième célèbre les réalisations de sa présidence.
Une réplique exacte du bureau Ovale, où les visiteurs peuvent s’asseoir derrière un « Resolute Desk » grandeur nature, fait par ailleurs sensation. Son minimalisme tranche avec les dorures chères à Donald Trump, qui en a ajouté de nombreuses dès son retour à la Maison Blanche. De fait, le milliardaire républicain est probablement le fantôme de la visite, lui qui a tenté de démanteler tout ce que son adversaire démocrate avait accompli.
« Le marqueur d’une présidence particulière »
« Nous ne nous concentrons pas sur une tranche étroite et particulière » de l’héritage d’Obama, assure à l’Agence France-Presse Michael Strautmanis, directeur des affaires institutionnelles de la Fondation Obama. « Il s’agit surtout d’inspirer de nouveaux dirigeants ». « C’est le marqueur d’une présidence particulière », complète l’architecte Billie Tsien.
Pour l’heure, les échos sont partagés : le New York Times a qualifié l’architecture de « froide et dissuasive », tandis que le Washington Post a évoqué une « faille temporelle ». Donald Trump − qui n’apprécie ni Obama ni l’architecture moderne − l’a pour sa part comparé à une poubelle.
Le principal intéressé, Barack Obama, s’est défendu de tout « monument à [s]on héritage » : « C’est une porte d’entrée vers le vôtre. » De son côté, l’actuel président républicain, qui a déjà lancé un projet de salle de bal à la Maison Blanche et veut construire une arche monumentale à Washington, a aussi fait part de son souhait d’ériger une Trump Presidential Library à Miami, avec son propre bureau Ovale et un avion Air Force One.