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Géopolitique

« La banalisation du terme de “guerre culturelle” en Europe est loin d’être anodine »

François Foret, professeur de science politique à l’Université libre de Bruxelles, réfléchit, dans une tribune au « Monde », au bien-fondé de cette notion très controversée et à la manière dont elle pourrait être amenée à évoluer dans l’Europe post-Viktor Orban.

« La banalisation du terme de “guerre culturelle” en Europe est loin d’être anodine »
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Viktor Orban a perdu son poste de premier ministre de Hongrie, le 12 avril, et ne jouera plus les trublions dans les processus décisionnels de l’Union européenne (UE). Est-ce pour autant la fin des « guerres culturelles » dont il s’était fait le porte-parole ? En effet, c’est ainsi que l’ancien leader magyar labellisait, depuis 2024, sa stratégie d’« occuper Bruxelles » pour défendre la souveraineté nationale et les valeurs traditionnelles mises à mal par l’UE. A cette aune, l’interdiction de la Marche des fiertés 2025, à Budapest, et la création de groupes de réflexion et de médias relayant cette rhétorique dans la « bulle européenne » ont constitué des coups d’éclat.

Les guerres culturelles renvoient à des conflits fondés sur des valeurs qui ne se prêtent pas à la négociation et au compromis. Elles peuvent être vues comme le produit de clivages divisant la société dans son ensemble, mais aussi comme des stratégies politiques créant artificiellement de la polarisation pour attirer l’attention des électeurs et des médias.

La notion même de guerre culturelle reste très controversée. Elle est souvent interprétée, à la lumière de ce qui se passe aux Etats-Unis, comme un affrontement entre « orthodoxes » et « progressistes » mêlant inextricablement des logiques religieuses, politiques et économiques. Le concept a pourtant aussi une histoire proprement européenne, liée aux conflits entre l’Eglise et l’Etat au XIXe siècle ou à la désillusion envers la « transition » au cours de la période postcommuniste en Europe centrale et orientale, dans les années 1990-2000.

Les premiers résultats d’une étude menée en 2024-2025, en collaboration avec [les chercheurs] Andrea Apollonio et Anemona Constantin, avec le soutien de l’Université libre de Bruxelles et du Fonds national de la recherche scientifique belge, offrent quelques pistes de réflexion sur le futur des guerres culturelles à Bruxelles, dans l’Europe post-Orban. Une soixantaine d’entretiens ont été conduits auprès du personnel politique et des fonctionnaires de l’UE, des groupes de réflexion et des journalistes spécialisés dans les affaires européennes. L’objectif était d’examiner la manière dont ces acteurs percevaient les causes, les modalités et les effets de ces présumées guerres culturelles européennes, et de savoir s’ils y voyaient quelque chose d’inédit par rapport aux schémas habituels de la politisation.

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