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Géopolitique

La Bulgarie d'hier à l'organisation de l'Eurovision. Entretien avec M. Dumoulin

L'ambassadrice de France en Bulgarie, Marie Dumoulin, apporte un éclairage documenté sur la Bulgarie d'hier à aujourd'hui, mise sous les projecteurs par l'Eurovision et la visite de son Premier ministre à l'Elysée. - États membres / Union européenne, Bulgarie , Russie , Ukraine, Géopolitique

La Bulgarie d'hier à l'organisation de l'Eurovision. Entretien avec M. Dumoulin
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Pierre Verluise (P. V. ) : Madame l’Ambassadrice, comment expliquez-vous le paradoxe suivant. La Bulgarie est membre de l’OTAN depuis 2004 et membre de l’UE depuis 2007. L’histoire de la Bulgarie est à la fois glorieuse face aux Ottomans et ambiguë durant la Shoah et dans son rapport à l’URSS. La philosophie mondiale compte nombre de personnalités d’origine bulgare comme Tzvetan Todorov ou Ivan Krastev. La littérature bulgare contemporaine est passionnante, avec un superbe effort de traduction vers le français par Marie Vrinat-Nikolov. Et pourtant… la Bulgarie semble marquée par un déficit d’image dans ce qu’on appelait « l’Ouest » durant la Guerre froide. Ce diagnostic vous semble-t-il exact et si oui, comment expliquer ce déficit d’image ?

Marie Dumoulin (M. D. ) : La Bulgarie est en effet trop peu connue en France et on ne peut que saluer le travail de ceux qui, à l’instar de Marie Vrinat-Nikolov, s’efforcent de mieux faire connaître la culture bulgare, et notamment sa création littéraire contemporaine. La Bulgarie offre ce paradoxe : elle est à la fois un Etat aux racines profondes et anciennes, comme en témoignent la richesse de son patrimoine archéologique et les strates successives qui se révèlent dans ses villes, qu’il s’agisse de Sofia (l’ancienne Serdika des Thraces puis des Romains) ou de Plovdiv, parfois considérée comme la ville vivante la plus ancienne d’Europe puisque ses origines remontent au 6ème millénaire avant notre ère ; et en même temps c’est un Etat qui, aujourd’hui, se considère comme jeune au regard des conditions de son accession à l’indépendance à la fin du 19ème siècle. La séquence historique allant de la libération de la domination ottomane en 1878 jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, a été pour la Bulgarie à la fois une période d’essor et de modernisation mais aussi de turbulences politiques et territoriales du fait des secousses du monde de l’époque - guerres balkaniques et mondiales, essor des totalitarismes fascistes et communistes. La période qui a suivi la Seconde Guerre mondiale, durant laquelle la Bulgarie s’est, de fait, trouvée sous la tutelle de l’Union soviétique jusqu’en 1990 a suspendu son parcours vers une souveraineté pleine et entière. Cette histoire complexe a laissé des traces et explique sans doute que la Bulgarie, qui a accédé à l’Union européenne depuis près de vingt ans, soit encore trop souvent perçue comme un « nouvel » Etat membre, voire comme un « petit » Etat membre. Or elle a des atouts indéniables qui en font un pays clé du Sud-Est de l’Europe et un maillon essentiel de l’ensemble européen dans cette partie de l’UE. La Bulgarie est aujourd’hui un carrefour stratégique des flux notamment commerciaux entre l’Europe et l’Asie. Le poste frontière bulgaro-turc de Kapitan Andreevo est l’un des plus importants au monde en termes de volume annuel de transit par voie terrestre. Les ports de Varna et Bourgas sont fondamentaux pour l’accès de l’Union européenne à la mer Noire. Cela implique des besoins importants en termes d’infrastructures de connectivité pour améliorer les communications Nord-Sud et Est-Ouest dans cette partie de l’Europe. De nombreux industriels européens ont ainsi choisi de s’implanter en Bulgarie, et notamment sur le site de Plovdiv qui accueille des filiales d’entreprises du secteur aéronautique comme l’entreprise française Latécoère ou l’allemand Liebherr, qui produisent à Plovdiv des éléments pour les avions Airbus. La Bulgarie développe aussi avec ses voisins grec et roumain un projet de corridor gazier Sud-Nord pour garantir l’approvisionnement de l’Europe centrale et de l’Ukraine et s’affranchir du gaz russe. Enfin, la Bulgarie recèle un fort potentiel en termes d’innovation, grâce à son vivier d’ingénieurs très qualifiés dans les technologies de pointe notamment dans l’IA, la robotique, ou encore le spatial.

Cette énergie et cette créativité ont sans doute contribué au succès de la chanteuse bulgare Dara, qui a réussi à séduire le public bien au-delà de la Bulgarie lors du concours de l’Eurovision du 17 mai 2026. Cette victoire, et l’organisation l’an prochain de l’Eurovision en Bulgarie, vont certainement contribuer à pallier le déficit d’image, que vous évoquiez dans votre question, et à renforcer l’attractivité de la Bulgarie.

P. V. : La Bulgarie est entrée dans l’UE en 2007, en même temps que la Roumanie, avec un décalage de trois ans avec le « grand élargissement de 2004 » à huit anciens pays communistes et deux îles méditerranéennes. Quelles étaient les raisons de cette entrée retardée, et les exigences pour l’adhésion ont-elles été globalement satisfaites ? Ou reste-t-il du chemin ? La Bulgarie reste régulièrement montrée du doigt comme le mauvais élève européen en matière de lutte contre la corruption. Que répondre à ceux qui estiment que son adhésion à l’UE était prématurée ? Quel est le bilan que l’on peut tirer de l’adhésion du pays à l’UE depuis bientôt 20 ans, notamment au regard des évolutions récentes telles que son entrée dans la zone € au 1er janvier 2026 ?

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Marie Dumoulin
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