C’est son moment. À partir du jeudi 11 juin, Donald Trump risque plus que jamais d’occuper le terrain médiatique pendant toute la durée d’une compétition qu’il a littéralement confisquée. “Avec la Coupe du monde, il dispose de cinq semaines pour jouer le président de la planète et s’arroger un rôle central dans un spectacle qui subjugue le monde entier”, écrit The Atlantic.
Déjà, au cours du tirage au sort, en décembre, “lors d’une cérémonie stupéfiante de cynisme où le grotesque le disputait à la vulgarité”, s’insurgeait alors Le Temps, Donald Trump avait de facto volé la vedette à ses pairs, la présidente mexicaine, Claudia Sheinbaum, et le Premier ministre canadien, Mark Carney – les dirigeants des deux autres pays coorganisant l’événement. Pendant que Gianni Infantino, président de l’hégémonique Fédération internationale de football (Fifa), multipliait les courbettes vis-à-vis du maître des lieux.
“Il est allé jusqu’à créer le Prix de la paix de la Fifa pour flatter l’ego de Trump”, se désole, dans USA Today, Nancy Armour, pour qui, toutefois, “cette flagornerie pourrait finir par se révéler utile”. “Cette Coupe du monde, plus encore que celle de 2022 au Qatar, va faire office de référendum sur Infantino et son leadership, écrit-elle dans le quotidien américain. [C’est lui] qui a insisté pour qu’elle soit élargie à 48 équipes. Alors que les prix exorbitants des billets lui ont déjà valu des critiques, il va falloir que, une fois la compétition lancée, tout se déroule sans accroc.”
Rien n’est moins sûr, à lire la presse étrangère ces dernières semaines. Si la Coupe du monde 2026 s’annonce comme la plus lucrative de l’histoire, la plus vaste jamais organisée en nombre de participants et de matchs, elle sera aussi la plus chaude et la plus polluante. Ce sont tous les aspects de cette démesure que nous décryptons dans notre dossier cette semaine.
“Le foot incarne le condensé le plus pur de la mondialisation”, rappelle Franklin Foer dans The Atlantic, où il explique très bien la fascination de Donald Trump pour le ballon rond. “Bien que le sport le plus populaire du monde puisse déconcerter nombre de soutiens du président, la relation qu’entretient Trump avec le football n’entre pas en contradiction avec sa politique, elle en est une émanation. Car ce sport est le terrain de jeu de ses semblables : les oligarques russes, les monarques moyen-orientaux et les magnats latino-américains.” Voilà pour le volet politique.
En ce qui concerne l’organisation, du prix des billets aux conditions climatiques, des restrictions de visas aux mesures de sécurité ou à la menace que fait planer l’Ice, la police de l’immigration américaine, là encore, les médias étrangers tirent la sonnette d’alarme. The New York Times est allé à la rencontre des supporteurs argentins à Buenos Aires. Alors que le tournoi s’annonce comme le plus cher de l’histoire, la plupart tentent malgré tout se trouver un moyen d’aller encourager leur équipe. À quel prix…
Pendant la compétition, ils risquent en plus de souffrir, explique El País. Le quotidien espagnol, qui cite une étude récente selon laquelle un quart des matchs se dérouleront dans des conditions dangereuses pour la santé des joueurs – et souvent des spectateurs –, a recensé les équipes les plus exposées à ce risque climatique. La moins bien lotie ? Le Portugal, l’un des favoris.
Si l’on ajoute à cela des spectateurs (africains notamment) munis de billets et néanmoins interdits d’entrée aux États-Unis, l’équipe iranienne forcée de multiplier les allers-retours entre le Mexique, où son camp de base a été délocalisé, et le territoire américain, un arbitre somalien refoulé alors qu’il disposait d’un visa diplomatique, un système de caution inique imposé aux frontières, des pluies torrentielles qui menacent la cérémonie d’ouverture et la protestation qui enfle au Mexique… L’événement semble bien mal engagé.
Et pourtant… “S’il y a bien un point commun à toutes les Coupes du monde, c’est qu’avant le coup d’envoi tous les commentateurs nous prédisent un fiasco”, écrit Giles Turner pour Bloomberg. “Pas de panique ! ose le journaliste, le Mondial se passera très bien.” Le plaisir presque universel du football finira par l’emporter, abonde The Athletic. “En ces temps troublés”, Letras Libres estime que le foot fait figure de “dernier lien entre les sociétés”. “Une pause pour le monde”, titre le mensuel espagnol. On voudrait y croire.
À lire également dans ce numéro
L’assassinat de Lyhanna alimente la colère contre le système judiciaire
Après la marche blanche du dimanche 7 juin à Fleurance, dans le Gers, plus de 60 000 personnes ont manifesté devant les tribunaux en France, le lendemain. L’assassinat de la petite Lyhanna a déclenché une vague de colère contre l’institution judiciaire, observe la presse étrangère. Cela risque d’enflammer la campagne présidentielle.
“On aurait déjà dû dire stop à 9 millions” : Ces villages suisses qui s’inquiètent de la surpopulation
Le 14 juin, les Suisses se prononceront sur une initiative controversée, qui entend lutter contre la surpopulation en réduisant drastiquement l’immigration. Le projet, baptisé “Pas de Suisse à 10 millions”, est surtout populaire dans les territoires les moins urbanisés du pays. Le quotidien conservateur zurichois Neue Zürcher Zeitung a cherché à comprendre pourquoi.
Guerre en Iran : le basculement américain est en cours, au grand dam d’Israël
Le repositionnement de Donald Trump, qui s’est érigé en arbitre à l’occasion de la dernière escalade entre Téhéran et Tel-Aviv, constitue, pour cette journaliste libanaise, un tournant dans la guerre et révèle des divergences désormais irréconciliables entre le président américain et le Premier ministre israélien. Un article paru dans L’Orient-Le Jour. À lire aussi dans ce numéro, l’analyse de l’hebdomadaire britannique The Economist sur le baroud d’honneur de Benyamin Nétanyahou.
Sciences Po, le “sanctuaire” des étudiants étrangers à l’ère Trump
Depuis la réélection de Donald Trump, les étudiants étrangers délaissent les universités américaines, leur préférant leurs équivalents européens. Sciences Po est devenu un refuge pour ceux qui redoutent désormais d’étudier aux États-Unis, constate The New York Times sur le campus de Reims. Mais aussi pour les Américains fuyant l’agitation ambiante.
Marjane Satrapi était la voix, la porte-parole de toutes les Iraniennes en exil
Dans la communauté des exilées iraniennes, Marjane Satrapi, disparue le 4 juin, était une personnalité à part, incontournable. L’écrivaine Dina Nayeri, installée aux États-Unis, raconte dans The Guardian tout ce qu’elle lui doit.À lire aussi, l’hommage de Marc Bassets dans El País et des réactions dans le monde entier.
Coupe du monde 2026 : quelles sont les nouveautés de cette édition ?
Commentaires (0)
Laisser un commentaire
Aucun commentaire. Soyez le premier !