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La lexicographie créole contemporaine et la problématique des emprunts lexicaux en usage sur les réseaux sociaux : quelques pistes de réflexion

Par Robert Berrouët-Oriol Linguiste-terminologue Ancien responsable de la coopération inter-universitaire à la Banque de terminologie du Québec (Gouvernement du Québec, Office québécois de la langue française) Ancien enseignant à la Faculté de linguistique appliquée de l’Université d??

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9 juin 2026
La lexicographie créole contemporaine et la problématique des emprunts lexicaux en usage sur les réseaux sociaux : quelques pistes de réflexion
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La lexicographie créole contemporaine et la problématique des emprunts lexicaux en usage sur les réseaux sociaux : quelques pistes de réflexion

  • by Rezo Nodwes
  • 9 juin 2026
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Par Robert Berrouët-Oriol

(Gouvernement du Québec, Office québécois de la langue française)

du Regroupement des professeurs d’universités d’Haïti (REPUH) 
Konseye pèmanan, Asosyasyon pwofesè kreyòl Ayiti (APKA)

Membre du Comité international de suivi du Dictionnaire des francophones

L’usage sur les réseaux sociaux d’un nombre indéterminé d’emprunts lexicaux –de lexèmes ayant migré de l’anglais vers le créole–, conforte l’idée que cette langue native de plus de 12 millions de locuteurs aurait conquis ces dernières années nombre de médailles de reconnaissance : la médaille de l’égalité de statut avec les grandes langues de diffusion sur le Net, celle des fonctionnalités communicationnelles intra-communautaires et celle de la « naturalisation » revendiquée d’unités lexicales anglaises appartenant à divers domaines scientifiques et techniques. Plusieurs locuteurs créolophones d’Haïti, dans la tranche d’âge de 18 à 30 ans, défendent l’idée que grâce à l’expansion de l’Internet en Haïti ces vingt-trente dernières années, qui permet d’accéder en temps réel et de façon permanente aux réseaux sociaux, « le créole peut enfin tout dire »… Son vocabulaire s’est enrichi et diversifié, notamment par l’apport des emprunts lexicaux installés dans la « médiasphère numérique », c’est-à-dire l’ensemble des dynamiques, structures, flux, normes et interactions propres aux plateformes sociales. Et, en raison de l’augmentation constante du nombre de locuteurs créolophones qui ont accès aujourd’hui à l’Internet à travers Haïti, l’aménagement du créole serait assuré, voire irréversible, semble-t-il.   

Mais y a-t-il une corrélation avérée entre le nombre d’utilisateurs d’Internet en Haïti et l’enrichissement du tissu lexical créole au moyen des emprunts lexicaux ? Haïti dispose-t-elle de statistiques fiables sur le nombre d’utilisateurs d’Internet ? Hormis les travaux scientifiques du linguiste Renauld Govain, l’enseignement supérieur haïtien n’a pas encore élaboré des études démolinguistiques et socio-démolinguistiques ciblant explicitement l’enrichissement du créole au moyen des emprunts lexicaux provenant de l’anglais et de l’espagnol. 

Pareil questionnement aurait pu faire l’objet de travaux de recherche de l’Observatoire des usages linguistiques en Haïti s’il avait déjà été mis sur pied par la Faculté de linguistique appliquée de l’Université d’État d’Haïti. En l’absence d’une telle institution de recherche scientifique, il est nécessaire de recourir aux données documentaires accessibles sur le site Web de l’Institut haïtien de statistiques et d’informatique (IHSI) ou dans diverses bases de données documentaires du domaine des télécommunications sans fil et des réseaux mobiles. NOTE – L’Institut haïtien de statistiques et d’informatique (IHSI) a été créé par la loi du 4 septembre 1951, à la suite du premier recensement national de 1950. Sa mission est de produire, analyser et diffuser les statistiques officielles nécessaires à la planification publique, couvrant les domaines démographique, économique et social, afin d’éclairer la décision publique et soutenir le développement d’Haïti. Cet Institut, à notre connaissance, n’a jamais produit ni publié d’enquêtes démolinguistiques ou sociolinguistiques. Ses enquêtes portent sur la démographie, l’économie, les conditions de vie, l’emploi, la pauvreté, les prix, mais jamais sur les usages linguistiques, les compétences linguistiques ou les dynamiques créole/français. 

Avant d’explorer les données relatives à l’expansion d’Internet sur le territoire national haïtien et de formuler l’hypothèse de liens corrélatifs avec l’enrichissement relativement récent du tissu lexical du créole haïtien, il est utile de signaler, brièvement, quelques enseignements contenus dans deux ouvrages.

Le premier livre a pour titre « Culture mobile. Les nouvelles pratiques de communication », par André H. Caron & Letizia Caronia (Presses de l’Université de Montréal, 2005). La mise en ligne numérique de cet ouvrage a été effectuée sur OpenEdition Books en 2018. Ce livre comprend un chapitre intitulé « Ethnographie d’une langue secrète : comment les jeunes parlent-ils au cellulaire ? ». Les auteurs procèdent à l’analyse ethnographique des pratiques langagières des jeunes dans leurs usages du téléphone cellulaire. Ce chapitre :

Le second ouvrage a pour titre « Apprentissage des langues et numérique : contextualisations, interactions et immersions », par Hani Qotb (HDR, Université de Lorraine, 2019). Dans ce travail post-doctoral élaboré en vue de l’obtention du statut « HDR » –« Habilitation à diriger des recherches »–, l’auteur procède à :

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