« Cela faisait quatre jours que je n’étais pas sorti », explique Tah Tebid, la mine fatiguée. Dimanche 7 juin, premier jour de la semaine en Libye, ce Camerounais est retourné au travail, la peur au ventre. « Dans mon quartier, la moitié des commerces tenus par des Africains sont encore fermés », raconte le migrant en situation irrégulière, joint par visio depuis Tripoli, où il est installé.
Ces derniers jours, la capitale libyenne et d’autres villes de l’ouest du pays connaissent une poussée de fièvre anti-migrants, qui voit s’enchaîner manifestations, arrestations et violences de rue. Sur les réseaux sociaux, des vidéos montrent des Subsahariens embarqués dans des pick-up de la police ou encore pourchassés par des groupes de jeunes hommes et frappés. « J’ai accepté de retourner au travail uniquement parce que mon patron m’a récupéré en voiture, devant chez moi », explique Tah Tebid, employé dans un garage de Tripoli.
Parallèlement, le ministère de l’intérieur indiquait, samedi, dans un communiqué, lancer un « programme national d’expulsions de migrants illégaux », tout en publiant des photos de Subsahariens transférés dans des fourgons de police. En février, un rapport de l’Organisation internationale des migrations estimait le nombre de Subsahariens présents en Libye à plus de 350 000 individus, légaux comme illégaux, auxquels s’ajoutent 333 000 Soudanais. Plus d’un tiers (34 %) des migrants du pays vivent à Tripoli ou dans sa banlieue, une région contrôlée par le « gouvernement d’union nationale » présidé par Abdel Hamid Dbeibah.
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