Ces dernières années, les troubles du comportement alimentaire ont gagné en visibilité. Mais un sujet passe encore sous les radars : la “pregorexie”, dont le nom fusionne pregnancy [“grossesse”] et “anorexie”, écrit Alexandra Pattillo sur le site de la BBC. Pourtant, la grossesse est l’une des périodes de la vie au cours de laquelle une femme est le plus susceptible de développer un trouble du comportement alimentaire, indique la chaîne de télévision britannique.

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“C’est comme monter dans un train sans pouvoir en descendre, déclare Megan Galbally, psychiatre à l’université Monash, en Australie, à la BBC. Forcément, votre corps va changer et vous allez grossir, donc certaines femmes peuvent avoir le sentiment de ne rien contrôler.” Ou, comme le confie Elizabeth Claydon, jeune maman qui enseigne aux États-Unis :

“J’ai eu l’impression de me réveiller dans un corps qui n’était pas le mien.”

À cela s’ajoute une surveillance constante du corps et de l’alimentation des femmes enceintes par leurs proches et les professionnels de santé. Un terreau propice à l’émergence d’“une obsession dangereuse pour leur apparence”, voire un trouble du comportement alimentaire, avec des risques pour les mamans (“carences nutritionnelles”, “détérioration du tissu osseux ou musculaire”, “risque de complications” presque doublé) comme pour leur enfant.

Entre ignorance et culpabilisation

Historiquement, cet enjeu “est resté sous les radars des obstétriciens, des sages-femmes et des professionnels de la santé mentale”, note la BBC. Et puisqu’il n’existe, à ce jour, “aucun traitement médical ni aucune thérapie comportementale conçue spécifiquement pour les femmes enceintes”, les médecins ont souvent recours à “des traitements génériques contre les troubles du comportement alimentaire, tels que le suivi psychologique, les groupes de parole et le soutien familial, associés à la prise d’antidépresseurs” – des options pas toujours adaptées aux futures mamans.

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Si “environ 70 % des femmes enceintes ou venant d’accoucher se disent insatisfaites de leur image” et si “entre 5 et 7,5 % des femmes enceintes répondent aux critères des troubles alimentaires”, la part de femmes réellement touchées reste difficile à évaluer. En cause, un “manque de dépistage”, le “peu d’études menées à ce jour” et une forme de culpabilisation alimentée par l’idée qu’une mère en devenir ne devrait pas “avoir ce genre de comportement à cet âge”. Et celles qui tentent de se confier sont presque systématiquement confrontées au jugement. “Les gens vous disent qu’avoir un bébé devrait suffire à vous combler de joie”, confie Gemma Sharp, psychologue clinicienne en Australie, à Alexandra Pattillo.

Megan Galbally confie avoir vu le nombre de femmes enceintes souffrant d’anorexie mentale grave admises à la maternité de son hôpital augmenter en 2019, juste avant le pic de prévalence des troubles alimentaires à échelle mondiale, en 2020 et 2021. Or, si “tout le monde peut plonger tout seul dans les troubles alimentaires, personne ne s’en sort seul”, commente Linda Shanti, psychologue new-yorkaise. Peut-être serait-il donc temps de prendre ce phénomène au sérieux.