Sa figure était peu connue du grand public ukrainien. Mais le retour de sa dépouille mortelle, célébré en grande pompe dans un cimetière de Kiev, a marqué une nouvelle étape dans la manière dont l’Ukraine appréhende son passé. La cérémonie de réinhumation d’Andriy Melnyk (1890-1964) et de son épouse, Sofia Fedak-Melnyk (1901-1990), a été présidée par Volodymyr Zelensky, le 25 mai, en présence de nombreuses personnalités, dont l’ancien président Viktor Iouchtchenko (2005-2010), le chef de l’administration présidentielle, Kyrylo Boudanov, et le président du Parlement, Ruslan Stefanchuk. En qualifiant Andriy Melnyk de « grande figure ukrainienne », Volodymyr Zelensky a franchi un cap sur l’un des sujets mémoriels les plus sensibles du pays, qu’il avait jusqu’ici abordé avec une extrême prudence.
Car Andriy Melnyk n’était pas un personnage ordinaire. Figure du nationalisme ukrainien du XXe siècle, il fut l’un des dirigeants de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN), et prit la tête de la faction qui porta son nom (OUN-M) après la scission du mouvement avec Stepan Bandera (1909-1959), devenu son principal rival. Dans leur combat pour l’indépendance de l’Ukraine face à l’URSS, les partisans de l’OUN collaborèrent avec l’Allemagne nazie et participèrent à la Shoah. Andriy Melnyk fut brièvement interné au camp de concentration de Sachsenhausen, en Allemagne, en 1944, lorsque les ambitions indépendantistes ukrainiennes se heurtèrent aux objectifs de domination du IIIe Reich. Mort en exil au Luxembourg, en 1964, il était longtemps resté une figure marginale en Ukraine, honorée principalement au sein des milieux nationalistes de la diaspora.
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