La revue des revues. Très souvent perçue comme un lieu d’arrivée et d’opportunités économiques, la France est aussi une terre d’émigration. C’est ce qu’explore la revue Migrations Société (148 pages, 20 euros), éditée par le Centre d’information et d’études sur les migrations internationales, dans son nouveau numéro, « Partir de France : assignations et mobilité sociale ».
Spécialisé dans les migrations internationales, ce trimestriel appréhende la diversité des profils sociologiques des Français et des Françaises vivant hors de France. Leur émigration est une réalité « peu étudiée », constatent Alice Picard, Olivier Esteves et Julien Talpin. Particulièrement celle vers le Royaume-Uni, l’Amérique du Nord et le Moyen-Orient.
A travers différentes études de cas, le numéro examine les effets de la mobilité internationale sur le sentiment d’appartenance à la France (qui peut être affecté par l’expérience de discriminations). S’installer à Londres, par exemple, permet notamment à certaines jeunes femmes de classe moyenne de « résister et reconfigurer les trajectoires de vie genrées (…) en prolongeant la période du célibat et en retardant ou évitant les marqueurs culturels du mariage et de la maternité », décrit l’anthropologue Deborah Reed-Danahay. Dans la capitale britannique, les Français bénéficient d’un « capital symbolique lié à leur appartenance à un pays européen historiquement perçu comme puissant et prestigieux », explique-t-elle, et peuvent « reconfigurer leur position sociale à l’étranger ».
Si de plus en plus de Français s’expatrient au Canada depuis les années 2000, des chercheurs canadiens interrogent la manière dont les politiques migratoires québécoises et canadiennes « facilitent en particulier » l’immigration de « ceux identifiés comme blancs et non religieux ».
De Paris à Dubaï, le sociologue Jaafar Alloul raconte quant à lui la désillusion d’un citoyen français d’origine maghrébine « face à la racialisation quotidienne en France, malgré sa nationalité française et son investissement éducatif ». Sa stratégie migratoire vers une métropole arabe « lui a permis de convertir un capital éducatif demeuré non reconnu en capital économique, à travers l’accès à un emploi valorisé de col blanc », explique le chercheur.
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