La Suède ne cesse d’attirer les actifs européens tentés par son modèle social. Mais à Göteborg, l’hebdomadaire allemand Der Spiegel a enquêté et insiste d’emblée sur un décalage entre la réputation du pays et le quotidien réel : “La Suède est considérée en Allemagne comme un modèle d’égalité et de politique familiale. En effet, les pères y prennent des congés parentaux plus longs, les enfants fréquentent tôt la crèche et les femmes travaillent plus souvent à temps plein que dans beaucoup d’autres pays. Mais derrière la façade apparaissent des fissures : les personnes qui élèvent des enfants se sentent surchargées, et les femmes assument davantage de tâches liées aux soins en plus de leur emploi.”
Le pays sert de référence dans les débats allemands sur la garde d’enfants, l’emploi féminin ou la répartition du congé parental – autant de thèmes qui nourrissent, ailleurs en Europe, des envies de départ vers le Nord. Il est vrai que“de nombreuses réformes sur lesquelles on débat encore en Allemagne font depuis longtemps partie du quotidien”, note le magazine. Congé parental long, individualisation de la fiscalité, forte prise en charge publique des enfants : autant d’éléments qui rendent possible un taux d’activité féminine élevé, y compris à temps plein.
Des équilibres fragiles
Mais cette architecture repose sur des équilibres fragiles. Dans les faits, les arbitrages restent très genrés : les mères prennent encore la majorité du congé parental, environ onze mois en moyenne, et travaillent plus souvent à temps partiel que les pères. Le modèle repose donc autant sur des choix individuels que sur des droits formels.
Dans ce cadre, certaines personnes interrogées décrivent une flexibilité réelle mais ambivalente. Lisa Skagerstam Fävremark, une enseignante allemande expatriée, trouve que “c’est un privilège de vivre dans une société où l’on peut travailler à temps partiel et avoir plus de temps avec ses enfants”. Mais elle ajoute que cette organisation a aussi un coût invisible : les tâches domestiques restent, sans surprise, largement assumées par la personne qui réduit son activité professionnelle.
La petite enfance est un autre pilier du modèle. Les structures d’accueil permettent une participation massive au marché du travail, mais elles sont aujourd’hui sous tension : effectifs en baisse, groupes chargés, métiers en transformation. Dans certaines villes, les classes peuvent atteindre un grand nombre d’élèves, ce qui alimente un débat sur la qualité de l’enseignement.
Enfin, le reportage montre que la frontière entre un usage légitime et un usage jugé excessif des services publics de garde devient un sujet politique, certains accusant des parents d’élargir les horaires au-delà du strict nécessaire pour leur confort personnel, tandis que d’autres rappellent que la crèche reste souvent la seule solution disponible pour concilier emploi et vie quotidienne.
En somme, la Suède n’est pas idéale. Son système est performant mais contraint, et sa stabilité repose sur des ajustements permanents.
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