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Géopolitique

Le Chapare, la région d’Evo Morales qui défie le gouvernement bolivien

Dans le Chapare, fief tropical et cocalero de l’ancien président Evo Morales (2006-2019), des cultivateurs de coca campent en signe de défi, malgré l’état d’exception. Visé par un mandat d’arrêt qu’il récuse, Morales refuse de se rendre et vient de décréter une trêve après deux

  • Dans le Chapare, fief tropical et cocalero de l’ancien président Evo Morales (2006-2019), des cultivateurs de coca campent en signe de défi, malgré l’état d’exception.

  • Visé par un mandat d’arrêt qu’il récuse, Morales refuse de se rendre et vient de décréter une trêve après deux mois de barrages routiers qui ont asphyxié les villes boliviennes.

  • Bouclier humain, barricades et miradors : la région dispute au président de centre droit Rodrigo Paz le contrôle même du territoire, sur fond de coca, de pénurie d’essence et de représailles.

Facundo Fernández Barrio, à Lauca Eñe

En bordure d’un campement militaire, des dizaines de cultivateurs de coca campent en signe de protestation, malgré l’état d’exception en vigueur qui l’interdit : dans le Chapare bolivien, la rébellion des habitants défie le gouvernement et lui dispute le contrôle du territoire.

C’est dans cette région rurale et pauvre du centre de la Bolivie que se réfugie l’ancien président Evo Morales (2006-2019).

Protégé par les habitants qui ont constitué le noyau dur des manifestations contre le président de centre droit Rodrigo Paz, il ne veut pas se soumettre à un mandat d’arrêt émis contre lui dans une affaire de traite de mineure qu’il nie.

Je ne vais pas me rendre, celui qui négocie sa survie n’est pas digne.

C’est depuis le Chapare, peuplé de 260 000 habitants, que l’ancien président a annoncé lundi une trêve dans les barrages routiers qui ont asphyxié pendant près de deux mois les villes boliviennes privées de nourriture, médicaments et carburants.

Si la circulation a repris, des hommes se tiennent en bord de routes, prêts à reprendre l’action.

Protégés du soleil sous des bâches en toile à côté de blocs de pierre, ces producteurs de coca pour la plupart — principale activité agraire de la région — exhibent des pancartes réclamant la démission du président Paz et reçoivent les encouragements des habitants du coin.

« La lutte continue jusqu’à ce que ce maudit gouvernement s’en aille », déclare à l’AFP Rosalia Vilca, 39 ans, vendeuse de salchipapa, le plat régional, sur la place du village de Shinahota.

« Qu’il vienne ici si c’est un homme, nous allons nous défendre pour protéger Evito, parce qu’avec lui nous avons vécu 14 années de bonheur », lance-t-elle bravache, répondant à la menace de Rodrigo Paz de « récupérer chaque territoire qui aujourd’hui ne nous appartient pas », en référence au Chapare.

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Donner sa vie « pour Evo »

La feuille de coca est omniprésente dans le Chapare, depuis les petites cultures dans des communautés rurales interdites d’accès aux étrangers, jusqu’aux bords des routes occupées pour le séchage artisanal au soleil.

La plante est la matière première de la cocaïne, dont la Bolivie est le troisième producteur mondial, derrière la Colombie et le Pérou.

Les habitants défendent la production de coca pour des usages alimentaires et médicinaux, hérités de coutumes millénaires des peuples indigènes comme le chasqueo, le mâchage de feuilles pour atténuer la fatigue, la faim et le froid.

Plus de 90 % de ce qui est produit dans la région n’emprunte pas le circuit autorisé, selon l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), même si ce volume n’alimente pas nécessairement entièrement le narcotrafic.

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« Dans les villes, on dit que les gens du Chapare sont des narcotrafiquants, mais ce n’est pas vrai : ici on travaille, et nous aussi on subit les blocages, même s’ils répondent à une cause juste », dit Zulma Torres, 42 ans, employée de la gare routière de Shinahota.

Elle balaie les accusations, non étayées, du gouvernement Paz selon lesquelles les blocages seraient financés par le narcotrafic.

Dans le Chapare, nous sommes prêts à donner notre vie pour Evo.

« Révolte »

L’ex-président Morales vit dans son fief de Lauca Eñe, bourgade de 900 habitants sur la commune de Shinahota, siège du syndicat des cocaleros (cultivateurs de coca, ndlr) qu’il dirige.

Pour entrer à Lauca Eñe, il faut être escorté, franchir une barricade de bois et de paille entourée de miradors, tenue par des hommes munis de lances, boucliers en tôle et talkies-walkies.

Dans les rues du village, des familles entières campent à la belle étoile pour former un bouclier humain. Des soupes populaires leur sont servies dans un mélange de langues quechua et espagnol.

Le long des routes du Chapare, des stands improvisés vendent des bidons d’essence à un prix exorbitant : un marché illégal favorisé par une pénurie de carburants qui affectait la Bolivie bien avant les blocages.

« Nous sommes discriminés par le gouvernement central, il ne veut rien savoir de nous et l’essence n’entre même plus ici, on achète dans la rue à un prix démentiel, on est ruinés », lâche Nicolas Garcia, chauffeur de 52 ans.

Ces derniers jours, des coupures d’électricité ont frappé le Chapare, des représailles du gouvernement d’après Evo Morales.

« En agissant comme ça, ils ne feront qu’exciter davantage le peuple bolivien, ils provoquent la révolte », affirme Mario Flores, 51 ans, marchand de légumes à Shinahota.

© Agence France-Presse

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