En 2008, un acronyme détestable surgit dans la presse anglo-saxonne : PIGS, soit « cochon » en anglais. Quatre lettres désignant le Portugal, l’Italie, la Grèce et l’Espagne (Spain), désignés comme les cancres de l’union monétaire, qui sombrait alors dans une vertigineuse crise des dettes. Sur fond de clichés agrestes, les Européens du Sud étaient caricaturés comme d’indolents Méditerranéens trop endettés, incapables de tenir leurs comptes publics en ordre, lestés par un faible potentiel de croissance, voire menaçant la stabilité même de la zone euro.
Près de deux décennies plus tard, le tableau a bien changé. Dans un étrange retournement, ceux-là mêmes qui nasardaient autrefois ces pays s’étonnent aujourd’hui de leur dynamisme. En particulier celui de l’Espagne, qui a vu son économie croître de 2,5 % en 2023, de 3,5 % en 2024 et de 2,8 % en 2025, loin devant l’Allemagne (0,2 %), la France (0,9 %), et surpassant la moyenne de la zone euro (1,4 %). Après avoir dépassé 26 % en 2013, le taux de chômage est tombé, fin 2025, à 9,9 %. Bluffé, l’hebdomadaire britannique The Economist, jamais avare de jugement tranchant à l’égard de l’Europe continentale, a poussé l’Espagne en tête de son classement 2024 des économies qui ont le mieux réussi.
Ces bons chiffres sont en grande partie le fruit du boom touristique, devenu l’un des piliers de l’activité ibérique : en 2024, il pesait 12,6 % du produit intérieur brut (PIB) espagnol, selon l’Institut national de la statistique. Le pays devrait recevoir près de 100 millions de visiteurs en 2026, contre 85 millions en 2023. La croissance a également été portée par le plan de relance mis en place en 2021 – après la pandémie de Covid-19 –, alloué par l’Union européenne (UE) : 163 milliards d’euros sur cinq ans, dont 80 milliards de subventions et 83 milliards de prêts.
Flambée des loyers
Mais les chiffres les plus impressionnants sont sans doute ceux de la démographie. Confrontée, comme l’ensemble des pays européens, au vieillissement de sa population, l’Espagne a massivement fait appel à des travailleurs étrangers, principalement venus d’Amérique latine – la maîtrise de l’espagnol a facilité leur intégration sur le marché du travail.
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