“Nous avons basculé dans le monde à l’envers, où le faux est vrai, le mensonge est la vérité, la stupidité est l’intelligence.” Voilà comment Patrick Lagacé décrit sur le site de La Presse, à Montréal, l’attitude de Donald Trump dans les négociations commerciales avec le Canada. Une chronique au vitriol que nous reprenons dans nos pages 7 jours cette semaine et qui fait d’une certaine façon écho à notre dossier de couverture cette semaine.
Car oui, le monde semble de plus en plus souvent échapper à toute logique et à toute rationalité. Cela ne concerne pas seulement ses gouvernants. Nous sommes tous victimes de cet appauvrissement général de la pensée, se désolait il y a quelques mois Lane Brown dans le New York Magazine. Un article très fouillé que nous avons d’abord mis de côté avant de choisir de le traduire pour le mettre à la une de l’hebdomadaire cette semaine. Car le sujet est décidément dans l’air du temps.
Dans un essai paru l’an dernier, A Short History of Stupidity (“Une brève histoire de la stupidité”, inédit en français), le journaliste et critique britannique Stuart Jeffries estime, lui, que la bêtise n’est pas un écart passager mais bien une force historique et transformatrice. “Nous vivons dans une société si décomplexée que beaucoup de dirigeants politiques surestiment leur intelligence sans jamais se sentir idiots. Ils sont simplement dans le déni. Ce n’est pas une stupidité éclairée, mais une stupidité brute, et c’est sans doute la plus dangereuse”, expliquait-il dans une interview au Temps en mars.
Le magazine en ligne américain Nautilus a lui aussi récemment consacré un numéro au sujet (“The Stupid Issue”), avec une réflexion signée du biologiste David C. Krakauer. “Curieusement, écrit-il, le degré de stupidité disponible dans tout système s’avère directement proportionnel à son intelligence : plus on produit d’intelligence, plus on multiplie les démonstrations de bêtise.”
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Je m’abonneAlors, sommes-nous entrés dans l’ère de la stupidité ? C’est la question que pose Lane Brown dans le New York Magazine. Et sa réponse est assez claire. “À partir des années 1930, explique-t-il, aux États-Unis comme dans une grande partie du monde développé, les scores de QI ont commencé à grimper. Et ils n’ont plus cessé de le faire, gagnant en moyenne près de 3 points par décennie.” Et puis les choses ont changé, partout les scores se sont mis à baisser.
Alors oui, le QI reste certes “un indicateur imparfait de l’intelligence”, mais la tendance à ce qu’il nomme sobrement “une lobotomie participative” est là. L’explication ? Elle est multifactorielle, bien au-delà de l’abrutissement général lié à l’usage abusif de nos smartphones et des réseaux sociaux, maintes fois dénoncé dans nos colonnes.
Pour Lane Brown, c’est en fait tout le système d’information auquel nous sommes confrontés en permanence qui finit par affaiblir nos capacités cognitives. “Aujourd’hui, ces mêmes cerveaux hérités du paléolithique sont bombardés chaque heure par les pensées de centaines d’inconnus. Sous toutes ses formes, la communication moderne nous met en relation avec bien plus d’esprits que ceux que notre cerveau est conçu pour gérer. Et le nôtre semble commencer à ployer sous cette surcharge.”
Fait aggravant pour l’auteur, ce n’est plus seulement la multiplication des informations qui nous submerge mais aussi leur compression. Et en cela, l’intelligence artificielle risque de ne rien arranger. “Imaginez une bibliothèque dont tous les ouvrages auraient été remplacés par des fiches de lecture rédigées par des lycéens, avant que celles-ci ne soient elles-mêmes remplacées, le lendemain, par des résumés de ces résumés écrits par des ratons laveurs. Peu à peu, les modèles perdaient le contact avec la logique des données sur lesquelles ils avaient été initialement entraînés, chacun héritant des erreurs du précédent tout en les amplifiant.” Un article qui donne en tout cas à réfléchir.
Et si après ça vous avez envie d’un grand bol d’air, lisez les pages spéciales que nous consacrons au Cap-Vert dans la séquence 360°. Depuis son indépendance, en 1975, sans pétrole ni diamants, l’archipel est parvenu à allier croissance économique et démocratie. Une exception en Afrique. Miracle ou mirage, s’interroge le magazine Visão ? Le destin de ce pays singulier suscite la curiosité et l’admiration de la presse étrangère. Bonne lecture.
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