La Palestine est magnifique, et son peuple est fort et unique. Nous avons besoin d’une culture palestinienne authentique et forte qui ne repose pas uniquement sur les livres et l’histoire, mais qui fasse de l’art un pilier fondamental de la construction de la conscience nationale.”

Ces déclarations, publiées en juin sur le site israélo-palestinien Arab48, proviennent de l’un des derniers entretiens accordés par l’artiste et plasticien palestinien Sliman Mansour, mort le 24 août chez lui, à Jérusalem-Est, à l’âge de 79 ans.

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Il était considéré comme “l’un des pionniers de l’art visuel palestinien contemporain”, comme l’écrit le quotidien palestinien Al-Ayyam, et ses œuvres font partie de la “mémoire visuelle et nationale palestinienne”. L’artiste, qui a peint la lutte du peuple palestinien contre l’occupation israélienne, et ses traditions, a incarné une “forme de résistance” jusqu’à obtenir une “victoire artistique pour la terre de Palestine, ceux qui la portent et la cause qu’elle représente”.

“Le Chameau des fardeaux”, son chef-d’œuvre

Son chef-d’œuvre, c’est Le Chameau des fardeaux, considéré comme “l’une des plus célèbres œuvres de l’art arabe”, écrit le journal palestinien Al-Quds. Cette toile, dévoilée au public en 1973, représente un vieil homme, vêtu d’un costume traditionnel, portant sur son dos la ville de Jérusalem.

“L’homme qui y figure représente le Palestinien portant sa ville, sa mémoire et sa terre, tandis que Jérusalem, sur son dos, devient une image d’amour, d’appartenance et d’attente”, explique le supplément culture du quotidien panarabe Al-Araby Al-Jadid.

“Un homme porte une ville, la ville porte l’histoire d’un peuple, et l’homme marche sous le poids d’une responsabilité devenue partie intégrante de son être.”

Ce tableau est devenu le “symbole emblématique du Palestinien portant sa cause et sa patrie partout où il va” et de “résilience face à l’adversité”, écrit Al-Quds. Une “icône artistique et nationale, résumant en une image l’histoire d’un peuple portant sa patrie, son histoire et sa mémoire”, renchérit le quotidien gazaoui Felesteen.

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Elle est tellement représentative que sa reproduction “orne maints foyers et lieux publics de Cisjordanie et de la bande de Gaza”, souligne le journal libanais L’Orient-Le Jour.

L’expression du “soumoud”

Sliman Mansour laisse un héritage de “centaines de peintures” qui “constituent de véritables documents historiques relatant de grandes transformations politiques et sociales du peuple palestinien”, reprend Al-Quds.

Dans ses œuvres, au graphisme reconnaissable entre mille, les Palestiniennes “occupaient une place centrale”, qu’elles représentent “des paysannes attachées à la terre, des mères patientes ou des résistantes inébranlables”. On y retrouve également “des éléments du patrimoine populaire, tels que la broderie, les oliviers et les orangers”, comme pour “préserver l’identité palestinienne de l’érosion”.

C’est en cela que l’œuvre de Sliman Mansour aura été “l’une des expressions les plus fortes du ‘soumoud’, ce concept culturel palestinien qui évoque à la fois l’attachement à la terre, la résistance et la résilience”, écrit L’Orient-Le Jour. “Le dictionnaire visuel de la Palestine”, écrit même le média panarabe As-Safir Al-Arabi.

“Rêves inassouvis et volés”

L’artiste “a excellé dans l’art de transformer la cause palestinienne en couleurs, en nuances et en dimensions” dans un mélange de “rêves inassouvis et volés, de désespoir et d’espoir, de pessimisme et d’optimisme, de vie et de mort, d’épopées et de récits éphémères, de champs, de montagnes, de ruelles, de terre et d’infini”, peut-on lire dans un billet intitulé “L’art est une cause”, publié dans le quotidien palestinien Al-Hayat Al-Jadida.

“‘Je suis né un an avant la Nakba [‘catastrophe’, en arabe, désignant l’exil forcé des Palestiniens à la suite de la guerre israélo-arabe de 1948] et j’espère mourir un an après la libération de la Palestine’, répétait Sliman Mansour, écrit L’Orient-Le Jour. Le destin, hélas, n’aura pas répondu à ses vœux…”