Cet accord a tout d’un jeu de dupes, bien trop beau pour être vrai. Le 27 mai, à l’occasion de sa participation à la Conférence internationale sur la sécurité organisée à Moscou, le Premier ministre malgache, Mamitiana Rajaonarison, a dévoilé les contours d’un nouveau partenariat avec le Kremlin.

Il a mentionné la signature à venir d’un accord pour la mise en place d’une zone économique commune (ZEC), une entité qui permet de fluidifier les rapports économiques entre les deux nations, comme la libre circulation de biens et de capitaux.

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Le volet majeur de cet accord concerne le secteur de l’énergie. Antananarivo a déclaré que des discussions étaient en cours avec les autorités russes concernant l’agrandissement d’installations de stockage de carburant à Madagascar. Un projet qui permettrait à la Grande Île de sécuriser son approvisionnement en carburant et de réduire “son exposition aux perturbations énergétiques mondiales liées aux tensions géopolitiques dans la région du Golfe”, contextualise le média économique Business Insider Africa.

Partenariat opaque

Madagascar dépend du pétrole importé et, comme d’autres pays africains, est en quête de nouvelles stratégies lui permettant d’assurer l’approvisionnement de son carburant sans dépendre totalement du détroit d’Ormuz. Sur la l’île Rouge, la question énergétique est d’autant plus cruciale qu’elle a précipité la chute du précédent chef d’État, Andry Rajoelina, en octobre 2025.

News Mada s’inquiétait, quelques jours avant l’annonce, des limites des installations de stockage de carburant à Madagascar, notant que pour le gouvernement, “le financement du projet [d’agrandissement] constitue également un défi de taille”. Antananarivo a sans doute résolu le problème en s’adressant directement au Kremlin, qui s’apprête à signer un accord opaque comprenant l’extension des capacités de stockage malgaches.

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“Ce volet énergétique intervient au lendemain de l’annonce par l’Office malgache des hydrocarbures (OMH) du projet d’implémentation d’un système de stock stratégique, confirmant la volonté d’Antananarivo de sécuriser durablement ses approvisionnements”, observe de son côté le média indépendant malgache 2424.mg.

Outre la sécurisation de ses besoins énergétiques, cet agrandissement des stocks de carburant permettra à Madagascar de tirer parti de sa situation géographique, stratégiquement placée sur les principales routes maritimes de l’océan Indien. Selon des analystes cités par Business Insider Africa, “l’île pourrait devenir une plateforme logistique et de stockage de carburant stratégique, desservant certaines régions d’Afrique de l’Est et du Sud, si le projet aboutit”.

Un passe-droit de plus pour Moscou

Cette coopération énergétique entre les deux pays n’est pas nouvelle. À la suite d’une visite officielle en Russie en février 2026, le nouveau chef d’État malgache, le colonel Michaël Randrianirina, avait déclaré que “l’arrivée d’aides financières et d’investissements à Madagascar nous aidera à redresser le pays. C’est pour cela que nous sommes venus ici”, comme le cite l’Express de Madagascar. Ce même mois, le président de l’Assemblée nationale malgache, Siteny Randrianasoloniaiko, avait également annoncé l’arrivée de nouveaux distributeurs russes de pétrole, signalait 2424.mg dans une brève.

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La manœuvre du Kremlin s’inscrit dans une stratégie plus large et calculée, qu’il a appliquée à d’autres pays africains. Celle-ci consiste à proposer des accords préférentiels sur les prix des carburants russes – ou un soutien militaire – en échange d’accès à des minerais stratégiques. Madagascar dispose en effet de vastes réserves minérales inexploitées, notamment de graphite, de nickel, de cobalt et des terres rares utilisées dans les véhicules électriques.

Ainsi, dans le cadre de cet accord avec Madagascar, Moscou gagne un passe-droit supplémentaire pour un accès à l’Afrique via l’océan Indien, au grand dam des autres puissances mondiales qui intensifient leurs efforts dans une compétition “pour l’influence sur les routes maritimes stratégiques et les chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques”, souligne Business Insider Africa.

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Dans une conférence de presse donnée le 28 mai, après la déclaration du chef d’État malgache, le secrétaire du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie, Sergueï Choïgou, s’est félicité de la recrudescence de “l’intérêt des pays africains pour une coopération avec la Russie” depuis la crise au Moyen-Orient, comme le rapporte Interfax, l’agence officielle de presse russe.

Face à cet accord fantoche, un économiste cité par l’Express de Madagascar s’alarme déjà : “Des balises solides sont nécessaires afin d’éviter qu’il n’engendre un partenariat déséquilibré, en défaveur de Madagascar.” Mais le gouvernement malgache s’est peut-être déjà jeté dans la gueule du loup.