Entre la déstabilisation de notre milieu de vie par le dérèglement climatique, d’une part, et la hausse de la résistance aux antibiotiques chez les bactéries infectieuses, d’autre part, les perspectives sombres pour l’écologie comme pour la santé ne manquent pas. Pire, ces deux menaces ne sont pas indépendantes ; de fait, plusieurs études indiquent que le réchauffement climatique contribue à l’émergence de micro-organismes résistants ou tolérants aux antibiotiques.
Si le rapport semble à première vue ténu, c’est que nous sommes principalement sensibilisés au problème que pose l’antibiorésistance sous son angle médical : le traitement des infections humaines ou animales par des antibiotiques sélectionne les souches les plus résistantes. Certaines d’entre elles deviennent prédominantes, en particulier en milieu hospitalier, et peuvent être responsables d’infections incurables. Cependant, la plupart des antibiotiques que nous utilisons aujourd’hui dérivent de composés initialement produits par des micro-organismes des sols, où ils sont impliqués dans la compétition entre espèces. Tirant parti de leurs propriétés antibactériennes, nous les avons adoptés dans notre pharmacopée, puis améliorés pour les rendre plus efficaces, mais ils sont tout aussi communs dans les écosystèmes sauvages. Parallèlement à leur évolution, des gènes permettant de résister à cette pression antibiotique environnementale ont été sélectionnés chez les bactéries de ces écosystèmes.
Dans ce contexte, s’interroger sur l’influence du climat devient pertinent : en perturbant les conditions physico-chimiques des sols et en déstabilisant les relations entre les micro-organismes qui les habitent, le réchauffement climatique exerce-t-il une pression de sélection susceptible de favoriser l’antibiorésistance ?
Effets de l’aridité
Deux articles de recherche parus ce printemps répondent par l’affirmative à cette interrogation. Le premier, publié le 23 mars dans la revue Nature Microbiology, documente les effets de la sécheresse. En concentrant les antibiotiques dans les sols, l’évaporation sélectionne rapidement les bactéries les moins sensibles. L’analyse à grande échelle de séquences d’ADN issues de communautés bactériennes des sols confirme cela à l’échelle moléculaire, en révélant une hausse de la fréquence des gènes de résistance aux antibiotiques lorsque l’aridité augmente.
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