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Le vagin, nouveau business de l’industrie cosmétique

Baumes intimes, culottes minérales, sérums pour les “lèvres du bas”, probiotiques, gels vaginaux… L’industrie des cosmétiques surfe sur les tabous et les lacunes en matière de santé des femmes pour vendre toutes sortes de produits “intimes”. Mais quand ils ne sont pas tout simpleme

Le vagin, nouveau business de l’industrie cosmétique
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Santé. Le vagin, nouveau business de l’industrie cosmétique

“Le business du bien-être s’est trouvé un nouveau filon : le vagin”, écrit The New York Times.

Hélas, ce dangereux marché n’est pas nouveau. En 1920, la marque Lysol commercialisait déjà un désinfectant (vous avez bien lu) destiné à être utilisé comme “douche vaginale” – à la composition bien caustique, puisqu’il contenait du crésol, un mélange de charbon et de bois.

Aujourd’hui, c’est plus insidieux : profitant à la fois des tabous et des lacunes en matière de santé des femmes, toutes sortes de cosmétiques au mieux inutiles, au pire dangereux, prolifèrent, indique le quotidien américain.

Il y a les “baumes intimes” censés soulager l’inconfort et la sécheresse vaginale, les culottes minérales (?) censées prévenir les infections urinaires, les compléments alimentaires spécialement conçus pour le vagin, les sérums censés repulper les “lèvres du bas”, et les dizaines de probiotiques pour “prendre soin de son microbiote”.

Mieux encore : si vous ignorez ce dont vous souffrez, et si vous ne souffrez pas mais que vous souhaitez en être sûre (la vie aurait-elle moins de sel si le marketing n’avait plus le droit de nous inventer des problèmes ?), là encore, l’industrie des cosmétiques a ce dont vous (n’) avez (pas) besoin : “Des autotests pour les infections urinaires ou pour vérifier le pH du vagin, ou encore un coach spécialisé en ‘santé vaginale’.

“Selon certainesestimations,le marchéde la santé intimedevrait doubler,voire triplerdans les dixprochaines années.”

Le quotidien américain The New York Times

“Le business du bien-être exploite les lacunes de nos connaissances sur la santé des femmes”, déplore Jocelyn Fitzgerald, professeure adjointe d’obstétrique, de gynécologie et de médecine de la reproduction à l’université de Pittsburgh, auprès du New York Times.

“Dès lors que la recherche et les solutions médicales font défaut, les pseudosciences s’engouffrent dans la brèche, et les femmes se retrouvent seules à devoir démêler le vrai du faux.”

Pour rendre la situation plus confuse encore, aux États-Unis, les produits de “confort vaginal” sont souvent réglementés comme des cosmétiques.

Et ne sont donc généralement pas approuvés avant leur mise sur le marché, regrette le quotidien américain.

“Parfois, le marketingde ces produitsva trop loinet les fait passerpour des médicamentsou des dispositifs médicaux.”

Le quotidien américain The New York Times

Si dans certains cas ils peuvent contribuer à soulager des symptômes, dans d’autres, ils peuvent se révéler totalement inefficaces, cibler le mauvais problème, aggraver des affections déjà existantes, voire provoquer des problèmes qui n’existaient pas.

“Les réseaux sociaux ont provoqué une explosion des ventes en direct de produits de toutes sortes, portés par un jargon biomédical peu clair”, précise Cecilia Martínez-Plaza, doctorante de l’université de New York, qui étudie les mouvements de mobilisation des patients.

“Ce problème s’expliqueen partie par le manquede données scientifiques.Les institutions gouvernementalesaméricaines qui s’occupentde la recherche reconnaissentque seulement 10 %de leur budget est consacréà la recherche sur la santédes femmes.”

Le quotidien américain The New York Times

Dans un article consacré au “sciencewashing”, le magazine américain The Atlantic raconte comment les publicités se sont emparées d’un jargon pseudoscientifique – parfois absurde et souvent faux – destiné à prouver l’efficacité de leurs produits.

“Aujourd’hui, les publicitaires s’expriment délibérément comme des chercheurs ultradiplômés : ils utilisent des mots savants et font référence à des phénomènes qui ne s’observent qu’en laboratoire”, constate le magazine américain.

“Le business du bien-être essaie de vous refourguer des produits complètement inutiles pour votre vagin”, avertit le quotidien britannique The Guardian.

À toutes fins utiles, rappelons-le autant qu’il le faudra comme le fait Caroline Mitchell, médecin-chercheuse et directrice du programme des pathologies vulvo-vaginales à l’hôpital du Massachusetts : “La flore vaginale n’a besoin de rien. Tant qu’il n’y a pas de problème, c’est un signe de bonne santé. Le vagin est autonettoyant et il n’a pas besoin de produits lavants.”—

Éloïse Duval
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