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Avec Magnifica Humanitas, première encyclique de Léon XIV consacrée à l’intelligence artificielle, le pape inscrit le défi technologique au cœur de la doctrine sociale de l’Église — posant la question centrale : la technologie construira-t-elle une tour de Babel ou la cité de Dieu ?
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Sa thèse géopolitique centrale : la guerre, dopée par l’IA, est en train d’être « banalisée », le pouvoir technologique s’est déplacé des États vers des acteurs privés transnationaux, et seule une « civilisation de l’amour » fondée sur la justice peut y faire obstacle.
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Au-delà de sa dimension spirituelle, Magnifica Humanitas se lit comme une contribution au débat sur la gouvernance mondiale de la technologie — moins un texte sur les machines qu’un texte sur l’État, le marché et la guerre à l’âge algorithmique.
Avec Magnifica Humanitas, première encyclique de Léon XIV consacrée à l’intelligence artificielle, le pape inscrit le défi technologique au cœur de la doctrine sociale de l’Église.
Retrouvez le texte de l’encyclique
Le texte reprend la tradition de l’Église sur la doctrine sociale, dont l’époque moderne est marquée par l’encyclique de Léon XIII. Il s’appuie sur la lecture de la Bible et l’expérience théologique de l’Église.
Sa thèse géopolitique centrale : la guerre, dopée par l’IA, est en train d’être « banalisée », et seule une « civilisation de l’amour » fondée sur la justice peut y faire obstacle.
Publiée le 15 mai 2026, jour anniversaire de Rerum novarum, l’encyclique Magnifica Humanitas de Léon XIV porte un sous-titre programmatique : « sur la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle ». Si le document s’ouvre par un long rappel de la doctrine sociale de l’Église, les chapitres 3, 4 et 5 constituent une véritable analyse du pouvoir technologique contemporain et de ses conséquences sur le travail, la vérité publique et la paix. C’est sur ceux-ci que nous nous concentrons, sans omettre le début de l’encyclique, où Léon XIV récapitule l’histoire de la doctrine sociale de l’Église depuis Léon XIII. Le fil conducteur est une double image biblique : la tour de Babel, « œuvre conçue sans référence à Dieu », et la reconstruction des murs de Jérusalem par Néhémie, « une œuvre de responsabilité partagée » : « La magnifique humanité créée par Dieu se trouve aujourd’hui face à un choix décisif : ériger une nouvelle tour de Babel ou bâtir la cité où Dieu et l’humanité habitent ensemble » exprime la première phrase de l’encyclique.
Un pouvoir technologique devenu privé
Le diagnostic géopolitique le plus net de l’encyclique concerne le déplacement du pouvoir. Léon XIV constate que l’innovation n’est plus pilotée par les États. « Par le passé, c’étaient surtout les États qui guidaient et orientaient l’innovation. Aujourd’hui, en revanche, les principaux moteurs du développement sont des acteurs privés, souvent transnationaux, dotés de ressources et de capacités d’intervention supérieures à celles de nombreux gouvernements. » Le chapitre 3 développe cette intuition : le contrôle des plateformes, des infrastructures, des données et de la puissance de calcul appartient à de grands acteurs économiques qui fixent « les conditions d’accès, les règles de visibilité et les possibilités de participation ».
Le pape insiste sur une opacité structurelle inédite. Les systèmes d’IA, écrit-il, sont « davantage « cultivées » que « construites » » : leurs concepteurs eux-mêmes en savent peu sur leur fonctionnement réel. De cette asymétrie de connaissance découle une asymétrie de pouvoir. Léon XIV avertit que l’IA « tend surtout à renforcer le pouvoir de ceux qui disposent déjà de ressources économiques, de compétences et de l’accès aux données », au risque que de petits groupes « orientent l’information et la consommation, conditionnent les processus démocratiques et influencent les dynamiques économiques à leur avantage ».
« Désarmer l’IA, c’est la soustraire à la logique de la compétition armée qui n’est plus aujourd’hui seulement militaire, mais aussi économique et cognitive. »
La réponse proposée tient en un mot, que le pape revendique : « désarmer ». « Désarmer l’IA, c’est la soustraire à la logique de la compétition armée qui n’est plus aujourd’hui seulement militaire, mais aussi économique et cognitive. » Le texte vise explicitement la course « à l’algorithme le plus performant et à la banque de données la plus vaste dans le but de consolider un avantage géopolitique ou commercial ».
Léon XIV désigne nommément les « nouveaux monopoles de l’IA » et en posant la propriété des données comme un enjeu de bien commun : « la propriété des données ne peut être confiée uniquement à des acteurs privés, mais doit être réglementée. »
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