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Les ahmadis, parias du Pakistan : « Notre seule faute est d’appartenir à la communauté ahmadiste. Les fanatiques croient que nous tuer leur vaudra le paradis »
Par Sophie Landrin (Rabwah [Pakistan], envoyée spéciale)ReportageCette communauté musulmane, forte de 600 000 membres au « pays des purs », vit dans la hantise de son effacement. Persécutés, discriminés et victimes de violences depuis les années 1950, ses adeptes – officiellement « hérétiques » – sont désormais traqués jusque dans leur fief, la ville de Rabwah, au Pendjab.
La route qui traverse les campagnes verdoyantes du Pendjab a soudainement changé de physionomie. A l’approche de Rabwah, des formations rocheuses ont rompu la monotonie des plaines agricoles, marquant le début des collines de Hirana, où l’armée pakistanaise stocke une partie de son arsenal nucléaire.
Rabwah n’est mentionnée sur aucun panneau indicateur, aucune carte. Et pour cause, la ville a été rebaptisée « Chenab Nagar » dans les années 1990, à la demande expresse des autorités du Pendjab. Logée sur les rives de la rivière Chenab, cette cité arborée est sortie du désert il y a sept décennies, fondée par la communauté religieuse des ahmadis. Ses 80 000 habitants sont presque exclusivement membres de ce mouvement musulman messianique.
Le chauffeur a prévenu de son arrivée et franchit sans mal le checkpoint qui barre l’accès au quartier général de la communauté, protégé par des hauts murs surmontés de barbelés. Le portail blindé s’entrouvre, le temps pour le véhicule de s’engouffrer. Deux responsables attendent sur le pas de la porte le visiteur, trop rare. De multiples précautions ont été prises pour venir jusqu’ici rencontrer ces hommes et femmes considérés comme des hérétiques, dont il vaut mieux taire le nom au Pakistan.
Autour d’un chaï brûlant, un thé épicé bienfaiteur malgré la chaleur accablante, Mahmood Iftikhar Ahmad Zufar, porte-parole de la Communauté musulmane ahmadiste, a pris place dans un confortable fauteuil en cuir, au centre d’une pièce aux rideaux fermés, prêt pour un long récit sur le sort de cette minorité, la plus haïe du pays, la plus discriminée, promise à une mort sociale et économique, et peut-être à une mort tout court.
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