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Troisième tome d’une exploration en cinq livres du mot « Beauté » en art, l’ouvrage de Christine Sourgins examine la notion d’utilité du beau.
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Les théoriciens de l’Art contemporain ont déclassé la beauté dans la catégorie de l’utile et du servile : le beau ne serait qu’artisanat, thérapie, mode ou décoration.
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Née de la guerre froide culturelle, cette rupture avec la beauté fut une arme sémantique destinée à destituer Moscou et Paris au profit de New York.
Christine Sourgins, Les Bienfaits du Beau, Éditions Boleine, 2026.
Vient de paraître Les Bienfaits du Beau de Christine Sourgins, troisième tome d’une exploration du mot « Beauté », en art, aujourd’hui. L’auteur est très connu pour avoir analysé, dans un livre publié en 20051, le contenu de l’expression-valise « Art contemporain », qui porte une définition de l’art exactement inverse de celle communément admise, mais sans le dire, faisant ainsi de cet assemblage un piège sémantique entraînant une confusion cognitive, encore active aujourd’hui. Ce livre a eu un grand succès car il a décrit le contenu exact de la formule « Art contemporain ». Celui-ci est de nature conceptuelle. L’œuvre, c’est le discours et non la forme. Cette nouvelle définition de l’art nie qu’il puisse y avoir un lien indissoluble entre forme, sens et beauté. L’artiste « contemporain » a pour mission désormais de dénoncer la société, de la déconstruire en permanence, d’en faire la critique, pour le bien de l’humanité.
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Cette tâche accomplie, Christine Sourgins a voulu examiner le contenu du mot exclu et diabolisé : la « beauté ». Son point de vue est celui de l’historienne d’art qui a cependant pratiqué l’art. Cette démarche est peu entendue aujourd’hui car la parole sur ce sujet, en France, est réservée depuis quatre décennies aux théoriciens, philosophes, sociologues, et au Corps des inspecteurs de la création du ministère.
Pour Christine Sourgins, la tâche s’est révélée dense et complexe. Les Bienfaits du Beau est la troisième partie d’un ensemble de cinq livres, après Anatomie du Beau et Géographie de la beauté.
Le déclassement de la beauté par « l’Art contemporain »
Ce livre examine tout particulièrement la notion d’utilité du beau. Or les théoriciens de l’Art contemporain ont déclassé la beauté dans la catégorie de l’utile, du servile : le beau n’est pas art mais artisanat, thérapie, mode, déco, divertissement, mais aussi au service des « valeurs sociétales ».
Cet Art contemporain conceptuel ne se compromet pas avec « la beauté », dont il dénonce le caractère impur. Les stratèges américains de la guerre froide culturelle ont élaboré, pour en être les vainqueurs, une nouvelle sémantique de l’art et opéré ainsi sa redéfinition. Pour cela, ils ont créé un appeau. D’une part, ils ont remodélisé le discours révolutionnaire communiste orienté vers Moscou : la beauté est « opium du peuple », elle endort progrès et révolution, le beau doit être déprécié car il donne une légitimité à la domination de la classe aristocratique, bourgeoise, aux dictateurs, tel Hitler, etc. D’autre part, ils ont détourné le conceptualisme duchampien existant depuis avant la guerre de 14 pour séduire les partisans de l’extrême modernité faisant partie, alors, de la diversité artistique parisienne.
L’association de la discrimination du beau, du discours révolutionnaire et du pur concept a créé la chimère de l’art, qualifié : « contemporain ».
Le but de cette stratégie est de créer une confusion cognitive permettant de détourner les intellectuels et artistes de la référence moscovite autant que de la référence parisienne, grâce à un hybride mi-révolutionnaire, mi-avant-garde extrême, auquel ils ajouteront une pincée de kitsch pour faire passer la froideur du résultat. Ainsi, l’association de la discrimination du beau, du discours révolutionnaire et du pur concept a créé la chimère de l’art, qualifié : « contemporain ».
Cette arme de la guerre froide culturelle a réussi, au cours des années 1970, à destituer la référence internationale de Moscou (le réalisme socialiste radieux) mais aussi, un peu plus tard, de Paris (la modernité diverse et triomphante), en les rendant obsolètes, toutes choses au profit d’une nouvelle légitimité : celle de New York. Cette arme de guerre culturelle fondée sur la rupture avec la beauté a permis de détourner, sans qu’ils en aient une claire conscience, les intellectuels, si critiques et incontrôlables, vers une reconnaissance financière et médiatique, délivrée par l’Amérique. Cette intelligentsia a pu ainsi, tout en bénéficiant de cote et de reconnaissance, garder sa bonne conscience révolutionnaire et progressiste.
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Le livre en cinq épisodes de Christine Sourgins sur la beauté permet de dissiper ces ruses sémantiques et de retrouver la maîtrise du vocabulaire et la complexité de la réalité.
L’utilité du beau ne disqualifie pas l’art
Le livre 3, Les Bienfaits du Beau, traite donc de cette utilité, un des aspects du beau parmi d’autres, qui n’est pas forcément de l’ordre de la soumission. Elle décrit ses effets : la catharsis qu’il opère en apaisant corps et esprit répond à une nécessité d’harmonie, de réconciliation des opposés, des contradictions. L’expérience du beau est perceptible, existentielle. Ses bienfaits sur le corps et l’âme peuvent être même constatés comme thérapeutiques. La science a beaucoup observé et mesuré ses bienfaits, y compris chez les animaux. « Le beau est l’harmonie qui réunit l’unité à la diversité », il répare, réconcilie. Ce fait mérite-t-il une telle rétrogradation du beau ?
« Le beau, si jamais il nous plonge dans le chagrin ou le tragique, il nous y garde vivants et sait rasséréner corps et esprit. […] Bref, une plénitude qui est réconciliation avec nous-mêmes doublée d’une réconciliation avec le monde. »2
L’utilité du beau ne le rend pas frivole et sans valeur, nous dit l’auteur à travers beaucoup d’exemples très concrets : « Le beau, si jamais il nous plonge dans le chagrin ou le tragique, il nous y garde vivants et sait rasséréner corps et esprit. Via un art contemplatif où le sensible et l’intelligible s’harmonisent ainsi que d’autres contraintes, tels le proche et le lointain, l’instant voisinant avec la durée puisque la mémoire rentre en jeu […] Bref une plénitude qui est réconciliation avec nous-mêmes doublée d’une réconciliation avec le monde »2. Le beau demande l’expérience de l’attention, de la contemplation, où l’on devient ce que l’on regarde, où l’on n’emmagasine pas, on assimile.
Admirer la beauté, écrit Christine Sourgins, n’est pas la subir, comme le ferait le sublime. L’admiration est gratuite, hors des pressions de l’argent ou du pouvoir. On peut admirer sans posséder…
Christine Sourgins, Les Bienfaits du Beau, Éditions Boleine, 2026. Présentation de l’éditeur.
1. Christine Sourgins, Les Mirages de l’Art contemporain, Éditions de la Table Ronde, 2005. 2. Op. cit., p. 154-155.
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