[Cet article a été publié pour la pemière fois sur notre site le 21 avril 2025 et republié le 3 juin 2026]

Le refus des confrontations en public est un élément essentiel de la britannicité, quelle que soit la définition qu’on donne de celle-ci. Si certaines cultures se régalent d’une bonne dispute, passez quelques minutes avec une personne originaire de ces îles pluvieuses et vous saurez que ce n’est absolument pas le cas ici.

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Cette réticence n’a rien de superficiel. Elle touche à une chose profondément ancrée dans la psyché britannique : une préférence pour la retenue plutôt que l’excès. Comme disait William de Wykeham [1324-1404], ancien chancelier d’Angleterre : “Ce sont les bonnes manières qui font l’homme.” Le pays a intégré cette maxime dans sa langue au quotidien et étouffe en général tout conflit potentiel par des euphémismes et des litotes.

“Puis-je me faufiler ?”

De nouvelles recherches soulignent à quel point la conversation britannique baigne dans des expressions polies destinées à dissimuler ses vrais sentiments, en particulier la colère et l’irritation. Selon une étude réalisée [en 2025] auprès de 2 000 adultes par le Trinity College London [voir ci-dessous], un organisme qui fait passer des certifications de langue anglaise, la moitié des personnes interrogées ont déclaré employer régulièrement des expressions afin d’éviter un désaccord ou une confrontation.

Ce sont des tournures classiques comme “Puis-je me faufiler ?” (traduction : “Écartez-vous immédiatement de mon chemin, s’il vous plaît”), “Ça a l’air sympa, je vous dirai” (“Je n’ai pas la moindre intention de venir à votre obligation sociale”) et “Désolé, je suis un peu occupé” (“Fichez le camp, je vous prie”).

Les Britanniques semblent exceller à dire exactement l’inverse de ce qu’ils veulent dire. “Pas de quoi s’inquiéter” signifie que la panique monte. “Ça pourrait être pire” signifie que ça ne pourrait absolument pas être pire. Et “J’entends bien” signifie que le locuteur a déjà oublié ce que vous venez de dire.

Mieux que d’être français

Néanmoins quand on songe aux alternatives, la brutalité du discours américain ou les sarcasmes qui ponctuent le dialogue français, on devrait se féliciter de ces “politesse-ismes”. Après tout, ils constituent le lubrifiant de la vie quotidienne.

C’était sympa, non ? Il faudra qu’on se refasse ça une autre fois.

[Dans son enquête, le Trinity College London a soumis des propositions aux sondés, pour aboutir à des pourcentages afin de déterminer quelles expressions ils utilisaient le plus fréquemment.]

“Oooh, puis-je me faufiler ?”

Traduction : “Vous pourriez vous écarter de mon chemin s’il vous plaît ?” – 48 %

“Ça a l’air sympa, je vous dirai.”

Traduction : “Je ne viendrai pas.” – 45 %

“Rien ne presse, quand vous aurez une minute.”

Traduction : “Dépêchez-vous s’il vous plaît.” – 39 %

“Conformément à mon dernier courriel.”

Traduction : “Je vous l’ai déjà dit.” – 35 %

“Pardon, vous pourriez répéter la dernière partie ?”

Traduction : “Je n’ai pas écouté un mot de ce que vous disiez.” – 33 %

“Pas de quoi s’inquiéter !”

Traduction : “C’est une catastrophe mais je vais faire comme si tout allait bien.” – 30 %

“J’y penserai.”

Traduction : “Je vais oublier tout ça immédiatement.” – 29 %

“Ça pourrait être pire.”

Traduction : “C’est carrément la pire chose qui soit jamais arrivée.” – 29 %

“Ravi de vous aider.”

Traduction : “Je suis obligé de vous aider mais je n’en ai pas la moindre envie.” – 25 %

“Intéressant, comme idée.”

Traduction : “C’est vraiment nul comme idée.” – 22 %