Jeux vidéo. Les “cosy games”, seul accès à la propriété pour les jeunes ?
“Il y a les impôts, les affaissements de terrain, la moisissure, les murs mitoyens et les pannes de chaudière”, énumère le quotidien londonien The Guardian.
Mais cela ne saurait empêcher les individus de se rêver propriétaires. Pourtant, jamais ce mot n’a tant rimé avec “chimère” (même la rime n’est pas riche).
Selon l’Office des statistiques nationales britannique, “au Royaume-Uni, 35 % des hommes – soit un sur trois – et 22 % des femmes âgées de 20 à 35 ans vivent actuellement chez leurs parents”, rappelle le magazine britannique Dazed.
Est-ce pour ça qu’“ils s’évadent dans des maisons virtuelles qu’ils peuvent décorer et meubler comme ils veulent” ?
“Ne pouvant exprimer leur créativité en décorant de véritables maisons, de plus en plus de jeunes se tournent vers des jeux vidéo qui imaginent une simulation de propriété immobilière comme exutoire.”
Le magazine britannique Dazed
On pourrait dire que tout a plus ou moins commencé par le mode construction des Sims, où il était possible de bâtir une maison du sol au plafond, d’en dessiner les contours en choisissant tout à la fois la place et la forme des fenêtres, la couleur du carrelage et du parquet, en passant par les luminaires et la texture de rideaux.
Le tout au moyen d’un catalogue d’ameublement à faire pâlir d’envie celui d’Ikea (mais où le nom des meubles n’apparaissait pas en suédois).
Parmi ces passe-temps doux et sans enjeux que sont les cosy games (“jeux réconfortants”), il existe “des simulateurs d’exploitation agricole (Stardew Valley), de vie (Animal Crossing, Les Sims, Tomodachi Life) et des jeux dits ‘bac à sable’ (Minecraft)”, liste Dazed.
Or si la décoration ou le design peuvent en eux-mêmes constituer un sous-genre, ils apparaissent à présent de plus en plus dans les derniers volets des franchises. “Midnight et Pokopia, par exemple, les dernières éditions de World of Warcraft et de Pokémon, intègrent des éléments de décoration d’intérieur.”
“La construction d’un monde en douceur, sans violence, représente toujours une grosse tendance dans les jeux vidéo : Steam a sorti 19 jeux cosy seulement en 2020, contre 616 en 2025.”
Le quotidien britannique The Guardian
Pour le consultant en jeux vidéo connu sous le pseudo “Indie Game Joe”, le succès des cosy games en général, et du sous-genre décoratif en particulier, s’explique très simplement : “Quand l’économie ou le marché du logement ressemblent à un jeu auquel on ne peut pas gagner, on se tourne vers des systèmes où les règles sont logiques”, assure-t-il dans les colonnes de Dazed.
“La vie est tumultueuse et imprévisible en ce moment. Ces jeux cosy offrent un sanctuaire numérique dont le premier objectif est la paix et non la conquête : c’est l’équivalent jeu vidéo de la couverture lestée.”
Le consultant en jeux vidéo Indie Game Joe au magazine britannique Dazed
“Parfois, tout ce qu’on veut, c’est un espace douillet, calme, où rien n’est en feu et où personne ne vous crie dessus”, renchérit le youtubeur Shandell James dans une vidéo intitulée Why Tired Adults Should Play Cozy Games (“Pourquoi les adultes fatigués devraient jouer à des jeux cosy”), cité par Dazed.
Une maison avec des tas de fenêtres et presque pas de murs. Même virtuellement. Car après tout, ce qui est bien avec les chimères, c’est que même si c’est pas sûr, c’est quand même peut-être.—
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